Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Allard, Francine

1. Les Mains si blanches de Pye Chang.

Éd. Triptyque, 2000, 156 p.

Une psychothérapie ratée

Francine Allard est l'auteure par excellence pour meubler nos vacances en lecture. Ce n'est pas que les thèmes choisis soient légers. Mais sa manière de les aborder est divertissante tout en ne perdant pas de vue le message, bien encodé pour ne pas dégager une odeur moralisante. Mine de rien, elle a l'art de sous-tendre un drame, qui n'éclate qu'au dénouement comme une nouvelle, en l'occurrence une psychothérapie avortée.

Le héros, Sylvain Dupont, est un écrivain-confiseur de la rue Saint-Denis du Plateau-Royal. Mode oblige. Le nombre de romans plantés dans ce quartier de Montréal ne se compte plus. Dupont y mène donc une vie apparemment paisible. Derrière cette façade se cache un être solitaire, partageant son temps entre son commerce et l'écriture de romans policiers. Devenu orphelin de mère à neuf ans, il fut pris en charge par un père poule comme on ne peut en imaginer. Il appelle son fils tous les jours pour lui dire de bien entretenir son logis et ses vêtements. Il lui fournit même des condoms pour éviter une sale maladie au cas où. Il veut tellement son bien qu'il lui conseille même de recourir au service d'un psychothérapeute afin de conserver un équilibre inattaquable. Cédant à son père pour avoir la paix, il court ainsi à sa perte. Les maux de l'âme ne se logent pas à l'enseigne que l'on croit, comme le démontre le roman, qui dénonce l'intervention inappropriée des sorciers du subconscient.

<À l'exception de ses séances de thérapie, Sylvain mène une existence à peu près normale jusqu'au jour où une Chinoise, une bonne cliente, lui offre sa fille en mariage contre une dot appréciable. C'est assez troublant, il faut en convenir. Le sort ne lui est jamais favorable : mort de sa mère, harcèlement du père, psy retors. C'est bien assez pour devenir névrosé et paranoïaque d'autant plus que le héros vit des coïncidences curieuses : enlèvement de son chat, sentiment de poursuite... Heureusement, il peut s'ouvrir à une lesbienne qu'il aime vraiment. Il a l'art d'agresser le destin en jouant le séducteur pour la conquérir. Le pauvre homme! Malgré les tracas du héros, la lecture de ce roman est amusante. Sylvain n'est pas dépourvu de moyens. C'est un homme bon, trop même, qui se laisse conduire par le destin, mais qui peut tirer son épingle du jeu. C'est ce que nous réserve le dénouement. Mais a-t-il choisi la bonne solution?

<Francine Allard écrit des œuvres à plusieurs volets. Malheureusement, celui de la demande en mariage tombe à plat. Cette dernière n'est qu'un élément romanesque sans relation avec la psychothérapie. Mais il reste que c'est un roman intéressant, écrit de façon vive et directe, qui sait montrer comment autrui peut altérer notre existence. L'enfer, c'est vraiment les autres dans les mains si blanches de Pye Chang et du psy.

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2. Ma Belle Pitoune en or.

Éd. Stanké, 1993, 269 p.

Obésité et Infidélité
Cette auteure a l'art de traiter un sujet grave avec un ton qui sait dédramatiser les situations les plus corsées. Cette fois-ci, elle aborde l'infidélité d'un médecin de Saint-Eustache qui trompe sa femme obèse avec la sœur de cette dernière. On voit tout de suite le drame à l'horizon. On peut penser à la séparation ipso facto. Mais non. La situation qui n'est pas déjà rose se double en plus de l'implication involontaire du mari dans une sale affaire de drogue parce qu'il a prescrit à une belle patiente des psychotropes qui serviront à toute autre fin que celle prévue.

<L'auteur mène avec brio les deux volets de son roman : cette infidélité et les démêlés du médecin avec le monde des " pushers ". L'auteure s'est fait une spécialité du roman à multiples facettes. Dans celui-ci, elle ratisse large. Ce peut être un roman familial, un roman sur le couple, un roman sur les soins de santé, un roman sur le trafic des stupéfiants, un roman policier, un roman sur l'obésité. Elle passe en revue tout ce qui peut remplir une vie. Francine Allard le fait sans nous égarer dans les couloirs de son labyrinthe.

Malgré les problèmes auxquels sont acculés les personnages, on lit ce roman avec le sourire aux lèvres. La femme obèse du médecin a un sens de la dérision qui la retient de sombrer dans la dépression. C'est plutôt le mari qui connaîtra les affres du gouffre dans lequel il s'est glissé. Ce n'est pas un vilain diable. Disons que c'est un faible. Que fera sa femme? Il y a une chance que vous n'approuviez pas sa décision. L'écriture est pétillante et joyeuse. Un vrai petit délice d'humour.

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