Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Bard, Hélène.

1. Les Mécomptes.
Éd. Les Intouchables, 2002, 140 p.

La Détresse des jeunes hommes

L'auteure de Baie Saint-Paul, qui a l'âge de son héros né en 1975, aborde les problèmes d'une génération qui n'a pas eu la chance de celle de leurs parents. Souvent nés de père incognito, les jeunes Québécois développent un mal à l'âme qui les paralyse. Incapables de saisir ce qu'ils veulent, ils végètent en espérant que la manne leur tombe du ciel.

C'est ce qui arrive à Carl, le héros du roman. Un jour, il reçoit l'offre d'un emploi de cobaye à l'université. Son travail consiste à dormir pendant huit heures sous la surveillance de spécialistes, qui font une étude top secret sur le sommeil. Comme il est bien rémunéré, on pourrait croire qu'il aura enfin accès au bonheur que procure l'argent. L'auteure fait une démonstration éloquente du contraire. La bière, les prostituées et les strip-teaseuses qu'il peut se payer ne suffisent pas à combler son vide existentiel.

Comme son rapport à autrui passe par la facilité, il est incapable de nouer des liens, même avec la jeune fille pour qui il a eu le béguin lors d'une partie de pêche. Heureusement, il lui reste un ami d'enfance et une mère qui serait responsable de l'accumulation de ses mécomptes, mais qu'il appelle à son secours quand sa déconfiture est consommée. C'est effarant le nombre de romans québécois qui tiennent les parents responsables des hésitations des jeunes à l'aube de leur vie adulte. C'est plus déculpabilisant de porter des accusations que d'y voir une caractéristique de l'âge.

Ce roman décrit la détresse des jeunes, qui sont en attente d'une place dans le cirque de la vie. Ça n'aurait été pas trop mal si la bière n'avait pas autant coulé à flot. Les nombreuses beuveries du héros font tourner l'œuvre en rond. On attend quelque chose qui ne vient pas. Bref, ce roman à l'écriture vive peut être perçu comme une mise en garde contre les paradis sulfureux qui apparaissent comme des refuges aux angoisses marquant l'entrée dans le monde adulte.

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2. Hystéro.

Éd. Marchand de feuilles, 2007, 176 p.

Dépendance affective

Je l'aimais je l'aimais
Je savais que jamais
Jamais je ne pourrais
L'oublier tout à fait
Et je réalisais
Que je l'aimais je l'aimais
Je l'aimais je l'aimais

La chanson de France Gall résume parfaitement Hystéro d’Hélène Bard, un roman qui traduit la conception de l’amour chez les adolescents. Ce n’est pas l’être aimé qui compte, mais les frissons éprouvés. D’ailleurs, c’est à quatre ans que l’héroïne s’est familiarisée avec les plaisirs charnels en perçant son hymen par inadvertance avec un bâton de pop sicle. Ce fut le début d’une recherche effrénée de sensations hypodermiques, responsables finalement de la dépendance affective qui a ruiné sa vie.

Dans le cadre de la ville de Baie-Saint-Paul, Élisabeth s’entiche d’un élève de son école. Elle voudrait être à lui pour toujours. Comme tous les adolescents normaux, Gabriel est aussi niaiseux avec les filles que Matthieu Simard dans Échecs amoureux et autres niaiseries. Devant une attitude qui ressemble à du rejet, l’héroïne noue une relation amoureuse avec un macho qui la rendra malheureuse. Il s’agit en fait d’une névrose résultant d’une conception maladive de l’amour.

Sur un sujet connexe, Folle de Nelly Arcan est de loin supérieur à ce roman à l’écriture syncopée qui ressemble à du slam voisinant la provocation typique des jeunes auteurs. À l’instar «d’une chienne qui cherche son biscuit», l’héroïne veut «remplir son trou» avec «une queue dans son corps». Les jérémiades redondantes et les envolées lyriques qui expriment cet amour maladif déplairont à plusieurs lecteurs, d’autant plus que l’auteure a choisi comme récepteurs un «tu» qui s’adresse uniquement aux personnages de son roman. Ça devient aussi agaçant que La Route des petits matins de Gilles Jobidon, qui fait l’éloge du courage d’un émigrant sino-vietnamien.