Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Beaudry, Marguerite.

Le Verglas comme miroir.
Éd. Trait d'union, 1999, 146 p.

À quoi sert la beauté?

Une jeune femme est défigurée après qu'une branche couverte de verglas l'eut frappée de plein fouet. Cet élément déclencheur servira de prétexte à l'auteure pour illustrer les manifestations insoupçonnées du complexe oedipien. L'héroïne profite donc de son accident pour subir une chirurgie esthétique, qui fera d'elle un sosie de sa défunte mère, qui était d'une beauté remarquable.

Où veut en venir cette femme de 35 ans? Veut-elle perpétuer le souvenir d'une mère qu'elle a aimée? Pourquoi veut-elle devenir aussi belle que sa mère? Elle-même, connaît-elle ce qu'elle attend de sa transformation physique? Bien des mystères sont enfouis dans l'inconscient qui décide de nos faits et gestes. De prime abord, l'héroïne semble avoir mené une vie sans heurts entre deux parents qui s'entendaient bien. Le père est un musicien de profession, qui a adoré sa conjointe autant que la musique. L'atmosphère n'est pas à la tempête. Ce qui motive la chirurgie de la jeune femme se cache plutôt dans les fibres qui l'unissent à son père que dans son désir de beauté. Comme l'a démontré Pascal Bruckner dans Les Voleurs de beauté, celle-ci peut répondre à des intérêts multiples.

La musique classique sert d'assises à cette œuvre qui livre, quelques notes à la fois, une quête paternelle. Il n'y a rien de pédant. L'auteure a construit une intrigue tout en douceur, sans apartés pour servir aux lecteurs un cours d'initiation à la psychologie. L'art romanesque est bien respecté. C'est un roman ravissant sans les retentissements de la symphonie. C'est plutôt une petite fugue qui court rapidement vers la strette. Bref, c'est une œuvre bien ficelée et servie avec une écriture efficace et maîtrisée.