Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Bernard, Marie Christine.

Sombre Peuple.
Éd. Hurtubise, 2010, 200 p.

La Marginalité

Les treize nouvelles de ce recueil distinguent la marginalité cachée derrière un masque, qui laisse croire qu’elle ne gêne pas. L’auteure prouve le contraire comme chez cet écrivain incapable de s’imposer à l’ouest de la ville de Québec à cause de la suprématie des journalistes montréalais. Existe-t-il des machinations responsables du nombre grandissant de squelettes dans les placards ? Certes que l’imagination est fertile pour susciter le discrédit qui y mène.

Roch Carrier le soulignait sous le couvercle du nationalisme dans L’Abominable Feuille d’érable sur la glace. Le terrible chandail bleu des Maple Leaves de Toronto a écarté, d’un match de hockey en sol québécois, un garçon affublé de ce déguisement pour obtempérer aux ordres de sa mère. À bien des égards, on entretient tous les ostracismes susceptibles de faciliter l’isolement d’autrui. Quel intellectuel avouerait sa passion pour les romans à l’eau de rose ? Un dérèglement aussi « discriminant » mérite d’être tu pour protéger sa crédibilité, comme le précise l’un des personnages du recueil. Que pensez de plus des prénoms dont on affuble les enfants ? Une autre nouvelle dénonce l’horreur des modes onomastiques. À l’instar de Victor Hugo dans le Livre 3 des Contemplations, dont l’auteure reconnaît s’être inspirée, elle stigmatise la tyrannie, qui préconise le billot de la décapitation pour les soi-disant exactions, comme celle de Cromwell à laquelle fait allusion le recueil.

Marie-Christine Bernard a navigué dans toutes les époques et sous tous les cieux pour appuyer sa démonstration, mais l’âpreté de son ras-le-bol se ternit au profit d’une plume tout en finesse, qui convainc trop peu de la détresse du sombre peuple obligé de vivre à l’ombre comme des cloportes à cause de sa marginalité.