Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Bérubé, Rita.

L'Île interdite.
Éd. Québécor, 2001, 160 p.

Séquestrées sur une île du fleuve Saint-Laurent

Pour poser le décor de son polar Rita Bérubé a choisi la Gaspésie si l'on se fie à la toponymie des villages fictifs. C'est à l'Anse-à-Marie-Lou qu'Élyse, une enseignante, profite de ses vacances estivales pour écrire un roman, qui ne parvient pas à prendre forme. Qu'importe cette panne, il reste la nature généreuse de cette région qui côtoie le fleuve Saint-Laurent à son embouchure. Face à sa résidence d'été se dresse une île frappée d'un interdit tacite de s'y installer depuis qu'une inondation survenue au 19e siècle a détruit les habitations, obligeant les insulaires à regagner la côte.

Assise un soir devant le fleuve, elle aperçoit au large des feux semblables à ceux des mouches à feu. Il ne s'agit pas d'insectes, mais bien d'un message émis par des humains. Sa curiosité l'amène à recourir à Étienne, le neveu de la postière, pour se rendre sur l'île, où elle découvre Aster et sa fille Marité, toutes deux victimes d'un kidnapping. Aussitôt s'enclenche une enquête policière pour mettre le grappin sur le ravisseur, un résidant du village qui s'était masqué pour dissimuler son identité lors du rapt. Après la condamnation du coupable, la jeune mère, veuve depuis trois ans, se remarie avec Étienne. Elle file le bonheur parfait jusqu'à ce que son nouveau mari disparaisse. À cause du soutien d'Élyse, des liens affectifs indestructibles se noueront entre Aster et son sauveur. Tous ces événements concourront finalement à la réalisation du projet d'écriture de la jeune enseignante.

C'est le canevas choisi par l'auteur pour écrire son histoire d'amitié qui dédouble une histoire policière. L'aspect le plus intéressant, c'est le matériel que l'on emploie à une double fin : le roman de Rita Bérubé servant de genèse à celui d'Élyse. L'œuvre aurait gagné en profondeur si les bons sentiments n'avaient pas été exploités aux dépens des motifs psychologiques à l'origine des enlèvements. Il s'y dégage donc une impression de superficialité et de naïveté malgré la trame qui défile rapidement et les rebondissements inventifs. Même l'écriture soignée, mais peu originale, ne peut contribuer à la classification de cette œuvre ailleurs que dans une collection destinée aux adeptes du scoutisme.