Paul-André Proulx

Littérature Québecoises



Billon, Pierre

1. Un bâillement du diable. 415 p.

Une secte productrice de snuff movies

Pierre Billon est un Québécois d'origine suisse qu'il ne faut pas confondre avec le fils de Patachou. Depuis 40 ans, cet écrivain a exercé des tâches diverses, en particulier dans le monde de l'enseignement et du cinéma. D'ailleurs, il est l'un des scénaristes du film Nouvelle-France, mettant en vedette Gérard Depardieu, dont la sortie est prévue pour le 19 novembre à Montréal.

Dans son dernier roman, qui date de 1998, il pointe les activités répréhensibles de certaines sectes, en l'occurrence celle, fictive, de l'Église de l'Alliance universelle, qui se consacre surtout à la production infâme de snuff movies. La réalisation de ces films de mort en direct conduit les membres aux quatre coins du monde afin de s'assurer du meilleur casting possible. On procède en kidnappant les candidates. Et c'est au Canada que l'on trouve l'adolescente idéale pour devenir leur prochaine victime, sans se douter que sa mère, Kiersten MacMillan, est une agente de la Gendarmerie royale.

À l'invitation de son supérieur, elle accepte avec empressement de se joindre à un groupe formé dans le but d'anéantir cette secte, qui a prévu d'ailleurs se servir prochainement de la télévision pour accomplir ses desseins diaboliques. Elle se rend donc à Paris, non seulement pour travailler avec des collègues européens, mais aussi pour retrouver sa fille, saine et sauve.

Ce polar, inspiré de la science-fiction touchant le monde des médias, est construit autour des activités déjà connues des sectes créées par des psychotiques. Kiersten MacMillan, l'héroïne du roman, apparaît comme un personnage fort, qui sait garder ses émotions. Mais derrière la façade, on sent la femme qui apparaîtra dans toute sa vérité au moment du dénouement.

L'auteur ne se montre pas complaisant à l'égard de la souffrance d'autrui. Il signale les maléfices contenus dans un bâillement du diable. Le propos incandescent est quelque peu tempéré à l'occasion par des passages humoristiques, révélateurs de la personnalité bien typée des protagonistes. Pierre Billon offre un bon suspense, bien écrit et sans prétentions, qui plaira à un vaste public.

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2.Nouvelle-France.

Éd. Leméac, 2004, 208 p.

La Pendaison d'une sorcière du 18e siècle

Pierre Billon participe souvent à l'écriture de scénarios de films. Il avait écrit celui d'Un homme et son péché tiré du roman de Claude-Henri Grignon. Quant à celui de Nouvelle-France, il a écrit un texte inspiré fortement d'un événement historique qui remonte aux années 1760. À l'époque, on avait condamné à la potence Marie-Josephte Corrivaux pour avoir tué son mari. Elle ne fut pas la seule victime d'un système judiciaire partisan. Cordélia Viau, Louis Riel et plusieurs nationalistes du 19e siècle ont été pendus après un procès sommaire qui n'a pas établi la responsabilité des actes dont on les a accusés.

Nouvelle-France est un film que l'auteur du scénario a déguisé en roman. La forme dérivée est supérieure à l'œuvre cinématographique. C'est bien écrit et instructif. L'auteur nous raconte donc l'histoire de Marie Carignan, une jeune femme de Québec, qui a épousé l'ami de son amant, un certain Le Gardeur, parti en France pour solliciter l'aide de Voltaire et de Madame de Pompadour afin que le roi protège davantage sa colonie d'outre-mer. Sa mission fut prise de cours par l'invasion de Québec en 1759, qui obligea ainsi la France à céder ses " quelques arpents de neige " contre quelques îles des Caraïbes.

Cette toile historique sert de prétexte pour rapporter les malheurs de l'héroïne aux prises avec un mari violent, alcoolique et violeur. En se mariant, elle croyait assurer sa sécurité dans une colonie aux mœurs douteuses. Les femmes de l'époque étaient parfois victimes de la conduite libidineuse des curés, et les colons obligés de se soumettre à des administrateurs corrompus qui exigeaient des redevances plus élevées que leur capacité de payer. C'est ce qu'a connu Marie Carignan, une femme simple, qui ne sollicitait de la vie qu'un peu d'amour et quelque argent pour subsister. Malheureusement pour elle, la mort violente de son mari mit fin à ses modestes ambitions. On l'accusa injustement de ce crime et on la condamna à la pendaison et à l'exposition de son corps dans une cage de métal sur la place publique.

Cette histoire d'amour tragique est fort captivante. Hélas, elle est diluée dans un flot de sensiblerie qui lui fait perdre son impact social. On oublie finalement que la pendaison de l'héroïne est une grave injustice résultant d'un régime corrompu suivi de la prise du pouvoir par les Anglais empressés d'établir leur autorité. On passe ainsi à côté du sort d'une femme victime de l'envie et de la bêtise humaine. Si le sujet intéresse, on est mieux servi par La Fiancée du vent de Monique Pariseau. Cependant cette œuvre peut agacer parce qu'elle raconte l'histoire de la Corrivaux sous un angle féministe. Mieux ça qu'une absence de point de vue.