Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Bourguignon, Stéphane.

1. Le Principe du geyser
. Éd. Québec Amérique, 1996, 208 p.

Un mari éconduit

Quand on lit un jeune auteur, on peut s'attendre au récit de sa jeunesse dans une première œuvre, suivie d'une seconde qui décrit l'échec de son premier amour. Le Principe du geyser n'échappe pas à la règle.


Le jeune mari qui sent que son couple bat de l'aile prend une pause en Gaspésie. Un prétexte amène la brisure définitive et la vie continue comme avant. Pour soutenir l'intérêt du lecteur, l'auteur a concocté un petit suspense libidineux. Le héros succombera-t-il aux charmes de la jeune femme qui occupe par hasard le chalet voisin du sien?

À l'exception de ce moment assez fort, le reste manque tellement de mordant qu'on ne peut pas parler de geyser comme le titre le laisse entendre.

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2. Sonde ton cœur, Laurie Rivers.

Éd. Québec Amérique, 2007, 179 p.

Version paysanne de Virginie

Stéphane Bourguignon sait sonder les cœurs, en l'occurrence ceux d'un bled de l'Idaho. Enfoui dans un corridor entre les montagnes, le village résiste aux désirs charnels. Dans ce microcosme agricole qui rappelle le Québec d'avant 1960, la secte mormone discrédite la sexualité, mais elle ne peut empêcher les cœurs de bouillonner.

Malgré le terreau états-unien dans lequel il s'incarne, le roman reflète la mentalité sournoise qui prive la gent féminine de sa plénitude. Dans un corollaire impliquant Laurie Rivers, une institutrice, et Alice Hobbard, son élève obèse de 15 ans, l'auteur souligne à gros traits le fatum réservé aux femmes en quête de leur corps pour se réaliser, un thème apparu au Moyen Âge qu'Élise Turcotte traite avec brio dans La Maison étrangère. Justement pour être solidaire de son enveloppe charnelle, Alice se rend désirable grâce à une méthode mise au point par son enseignante. Son épanouissement n'est pas sans mettre en cause celui de Laurie, qui lui a ouvert les portes de la libération. Mais la femme peut-elle se délivrer de ses chaînes? Question que se posait aussi Marie-Célie Agnant dans Le Livre d'Emma, dont l'héroïne tue sa fille pour mettre fin à la " lignée du sang " qui relaie la femme noire à un rang inacceptable. Trahisons, déceptions, abandons, manipulations, renoncements obligés composent l'existence au féminin que les sectes bien organisées et les mères bien intentionnées flanquent d'œillères.

Peut-on faire le bonheur des autres et se sauver soi-même dans un tel contexte? Le roman fournit les éléments pour que le lecteur réponde par lui-même à cette question, mais la forme porte ombrage au propos, L'auteur a suivi la recette de Fabienne Larouche pour écrire sa version paysanne de Virginie. Comme elle, il multiplie les péripéties en les hachurant de mises en abîme par des raccourcis dont les liens se précisent après coup. Le plaisir est gâté par ces coupures indues des séquences narratives, parfois entachées d'erreurs grammaticales. Dommage ! Malgré les bémols, Stéphane Bourguignon démontre bien que l'amour et la mort constituent les revers de la même médaille.