Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Champetier, Joël.

Les Sources de la magie.
Éd. Alire, 2002, 436 p.

Magiciens médiévaux au service de la politique

Depuis l'avènement de Harry Potter, les sorciers ont bonne presse. Plusieurs romanciers exploitent ce filon qui semble plaire à de nombreux lecteurs. Joël Champetier s'est inspiré du genre dans Les Sources de la magie. Sur une toile médiévale, il a brossé le tableau de la vie du magicien Ian Corybantier, un sujet du royaume de Contremont.

Il s'agit d'un homme vivant seul avec Petite Caille, une chienne qui sait parler. Tout entier livré à l'étude des sources de la magie, il mène une vie paisible dans un décor bucolique jusqu'au jour où son frère Héran, intendant du royaume de Besline, lui confie pour l'été sa fille Marion, âgée de 16 ans. Rapidement, Ian apprendra le motif de cette garde qui ne repose pas sur l'amitié de la nièce pour son oncle. Il s'agit plutôt d'un conflit qui se prépare entre les burgraves (intendants) de trois villes que l'un d'eux veut regrouper pour former un royaume sur lequel il régnerait. Afin qu'Héran soutienne ce projet, il enlève Marion en recourant à l'art de Malitorne, le magicien qui habite la ville du prétendant au trône. Évidemment l'oncle Ian intervient pour sauver sa nièce avec son ami et sa voisine, une sorcière qui, en créant une simile (un clone), l'aide grandement à tirer la jeune femme des griffes du vilain Malitorne. La recherche de l'otage dégénère en un combat singulier, qui règle finalement l'imbroglio du commandement des villes.

Châteaux, auberges, tunnel secret, champs et forêt servent de décor aux paltoquets, aux cavaliers, aux nains, aux paysans et aux magiciens qui utilisent les incantations ad hoc pour se déplacer ou combattre les spectres malicieux qui se dressent sur leur chemin. Et le personnel des écuries s'assure que les haquenées et les destriers conduisent à destination tous les personnages qui ont à voyager. Sous le signe de la violence, tous les protagonistes sont entraînés dans un dénouement manichéen qui garantit le triomphe des forces du bien.

Avec une plume élégante et appropriée au genre, l'auteur décrit convenablement le conflit politique auquel doivent faire face les magiciens. Mais les assises défaillantes de l'œuvre en décevront quelques-uns. Selon une formule éprouvée, la trame réunit sans grande originalité un ensemble d'éléments typiques au fantastique, organisés en fonction d'une chute qui ressemble à un résumé bâclé. Il reste que Joël Champetier a reçu le prix Boréal 2003 pour son roman.