Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Cornu, Emmanuelle.

1. Jésus, Cassandre et les Demoiselles.
Éd. Druide, 2012, 202 p.

Des femmes et du con naïf.

Emmanuelle Cornu propose à notre attention l'aventure d'âmes écorchées par une enfance effarouchée. Les blessures plus ou moins profondes que l'on tait laissent parfois échapper un filet de voix pour signaler leur présence dans un monde obnubilé par un ego démesuré. " Je suis là ", semble-t-on dire. Un passé nébuleux engendre un présent tout aussi nébuleux qui ne demande qu'à conjuguer le verbe être, en particulier à la première personne du singulier.

Écrire des nouvelles sur un tel canevas exige un vécu signifiant, mais surtout un talent véritable. La vie est articulée par une mécanique bien huilée pour une première œuvre. Une œuvre qui fuit les sentiers battus. Le dépaysement fera fuir le lecteur, confortable que dans ses repaires. Les balises empruntées sont très personnelles. Il faut aimer aller à la rencontre de l'autre, pour la plupart des femmes. L'homme est presque banni de ce sentier parce que c'est " un con naïf " comme le petit Jésus dans son bain, qui cherche son Bic.

L'œuvre accompagne la gent féminine pour guider son cheminement plutôt douloureux. C'est un discours poétique qui ne parvient pas toujours à se dire même s'il tente de s'incarner dans la culture de la dame aux crottes, friande de tartes et de prunes. N'empêche que le traitement du contenu relève d'une grande originalité et, parfois, de l'humour d'un pince sans rire. Il reste à l'auteure d'affermir son écriture quand elle se dirige vers des poncifs tels que l'énumération.

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2.Anna, salle d'attente. Éd. Druide, 2015, 190 p.

La Maternité pour une lesbienne

Anna est une gomorrhéenne qui est en attente d'une maternité par fécondation in vitro. Une implantation d'embryon ne garantit pas à coup sûr une grossesse à la femme qui y recourt. La mère éventuelle doit faire preuve de patience avant que ne s'accomplisse le miracle tant souhaité, d'où le titre Anna, en salle d'attente.

Les rendez-vous à la clinique ne composent pas uniquement le quotidien de l'héroïne. Elle répond aussi aux fantasmes de Michaëlle, une jeune femme insouciante qui vit au gré des circonstances qui se présentent. Un voyage par-ci par-là. Elle est toujours en état de fébrilité et ouverte à tous projets contribuant à son bonheur. L'engagement familial n'est pas inscrit dans ses cartons. Il n'est pas question pour elle de s'embarquer dans une relation stable afin d'assurer un avenir serein à une progéniture issue de la science.

Anna ne démord pas de son ambition d'avoir un enfant. Devant l'insuccès médical, elle se tourne vers l'adoption. La démarche n'est pas plus aisée à ce chapitre. Les enquêtes indiscrètes fouillent tous les recoins de la personnalité de la demanderesse afin de garantir à l'enfant une mère apte pour s'en occuper. Il faut que le désir d'un instant ait une durée de péremption illimitée. Pour s'en assurer, les agents responsables des adoptions conduisent leurs dossiers avec précaution. Les déficiences de la personnalité de l'éventuel parent sont rapidement détectées. Comment peut-on légitimement confier un enfant à une femme qui deviendra une mère monoparentale ?

Les insuccès de l'héroïne font plus que la désarçonner. La déprime à teneur de névrose l'attend au détour. C'en est assez pour perdre son estime de soi. Les crises de larmes ne nettoient pas nécessairement les états dépressifs. On s'isole au point de se transformer en larve dans un cocon qui est loin de jouer un rôle protecteur auprès de la victime. Le scénario est bien connu. Le comportement du retrait est des plus nocif.

La trame soutient bien ce plan romanesque. Mais le lecteur sortira un peu désappointé de cette lecture sur la maternité et sur l'amour saphique. L'état nerveux d'Anna est bien rendu non sans énerver celui qui lit. Trop, c'est comme pas assez. En bout de ligne, on ne retient que les crises de nerfs. Il aurait fallu transcender le sujet. Ça ressemble davantage à un journal intime à qui on confie ses désagréments. On n'a pas réussi à dégager ce qu'est la famille au sein d'un couple lesbien.

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