Paul-André Proulx

Littérature québécoise

D'Amour, Francine.

Retour d'Afrique. Éd. du Boréal, 2004, 228 p.

L'Alcoolisme au féminin

Le Retour d'Afrique est un film d'Alain Tanner mettant en vedette un couple qui s'est enfermé dans un appartement, tout en laissant croire à son entourage qu'il partait en Afrique. Francine D'Amour emprunte le titre de cette œuvre pour cacher, elle aussi, une histoire d'isolement, qui rappelle également L'Hiver de force de Réjean Ducharme.

Charlotte, l'héroïne du roman, souffre d'alcoolisme, en plus d'être une dépendante affective. Son mari Julien est un professeur qui a pris un congé sabbatique afin de se consacrer à l'écriture de son prochain roman. Pour s'y faire, il a choisi l'Égypte comme terre d'inspiration. Avant son départ, la famille et les amis lui organisent une fête croyant qu'il part avec sa femme pour huit mois. En fait, il s'agit d'une supercherie, car Julien ne veut pas s'encombrer d'une alcoolique qui perturberait son travail de création. Il loue donc une petite maison au bord d'une rivière afin qu'elle s'y cache pendant son séjour à l'étranger.

Une retraite forcée n'est pas nécessairement la solution à des problèmes d'ordre psychologique. Au contraire, la solitude ne peut qu'aggraver la situation de l'héroïne prédisposée à l'éthylisme par ses antécédents familiaux. De toutes ses forces, elle luttera contre cet atavisme, mais l'ennui la ramène toujours à la case départ. Comme les nouvelles du mari ne viennent pas réconforter son âme désertée, elle envisage de se coucher avec le soleil qui ensanglante la rivière coulant devant la maison qu'elle habite.

Charlotte parvient parfois à éloigner ses démons en imaginant le voyage de son mari. C'est une véritable communion à distance qui passe par la littérature et l'actualité. Hormis ces moments d'apaisement, c'est la Suzanne de Cohen qui l'envahit : " And you know that she's half crazy but that's why you want to be there. " Pour mettre fin à ses tourments, elle décide finalement d'aller le retrouver un certain 11 septembre 2001 qui a cloué tous les avions au sol. Il ne lui reste plus qu'à attendre le retour d'Afrique de Julien.

Francine D'Amour a créé de l'empathie pour son héroïne. Elle l'a rendue crédible grâce à une plume très poétique et sans le lyrisme qui affadirait la mise à nu de son âme. Cependant le dénouement mélodramatique très hollywoodien laisse en plan l'analyse brillante de l'univers d'une " femme qui boit " à l'instar de celle du film de Bernard Émond.