Paul-André Proulx

Littérature québécoise

D’Amours, Guy.

L’Attente.
Éd. De Courberon, 2008, 122 p.

Les Attentes du Petit Prince

La routine du quotidien tue. Alexandre Jardin explique dans Fanfan comment s’y prendre pour échapper au cercle vicieux de la répétition d’un temps coulant comme un long fleuve tranquille exempt de la crue des eaux du printemps. La monotonie génère l’angoisse du héros. Contrairement à celui de Fanfan, il ne force pas le destin. Il a choisi l’attente de l’événement salvateur qui comblera le manque. Une attente porteuse de l’espérance qui le soude malgré tout à la vie. Vaine serait sa mort, croit-il en considérant les enfants qui cherchent eux aussi les liens les unifiant avec bonheur à leur destin

En attendant sa pâque, il parcourt la ville, où les scènes auxquelles il assiste creusent son spleen. Même ses rapports à autrui sont entachés de carences. Enfant, il attend une mère qui oublie de le border. Plus vieux, il attend le retour du vélo qu’il s’est fait voler et le sourire de la belle qu’il désire. Sa vie se déroule sous le signe de l’acte manquant à l’instar de la quête vaine du Graal. Le héros fatigué des conventions sociales espère tout de même une épiphanie porteuse de rapports humains satisfaisants.

Le roman échappe à l’art du genre en conférant un accent poétique, qui transforme la thématique de l’attente en donnée universelle de l’existence. L’écriture, en moins convaincante, s’apparente à celle de L’Art de la fugue de Guillaume Corbeil ou du Jardin de Peter Pan de Pierre Gobeil, mais le propos geignard reflète plutôt les préoccupations de Christian Bobin ou de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince.