Paul-André Proulx

Littérature québécoise

 

David, Carole.

1. Histoires saintes. Éd. Les Herbes rouges, 2001, 108 p

Le Défilé des petites horreurs

Histoires saintes n'est pas l'œuvre à lire pour la fête de Pâques. Quoique... La sainteté véhiculée ne tient qu'à un nom de rue, à un soi-disant miracle comme peut en produire l'usage des hallucinogènes. En fait, ces nouvelles captent le quotidien rempli de petites horreurs.

Dans Le Massacre de la Saint-Valentin. l'héroïne handicapée est laide, et la bouffe offerte n'a rien à envier au Kraft Dinner. On sent tout de suite le ridicule de la situation, surtout quand on célèbre le saint patron des amoureux. Ailleurs, le patron se nettoie le nez d'une main experte et replace son appendice reproducteur de l'autre, plus loin, on achète vidéo et autres gadgets à la mode que l'on retourne après le temps des fêtes. Les douze nouvelles figent les mœurs étranges des gens ordinaires, devenues des banalités. Les habitudes de vie sont parfois plus tristes que certains mélodrames, comme ce couple qui quête dans les rues pour se payer un drink dans un bar, où les discussions alimentées à l'alcool deviennent parfois si explosives qu'elles doivent être désamorcées par les policiers.

L'auteure s'attache au quotidien des victimes de la peur, de la violence, des abus sexuels et de la pauvreté. Les bien-pensants s'en lavent les mains, mais souvent les rejetons, qui en ont assez de la vie factice de leurs géniteurs, font croître le nombre des participants au défilé de l'horreur humaine.
Dans une langue simple, l'auteure fait ressortir les dernières braises de vie pour que l'on s'allume aux conditions humaines, qui sont loin d'être des histoires saintes. Malgré le parti pris pour les " loosers ", ça manque quand même d'émotions. On dirait la démonstration d'un CQFD.

 
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2. Impala. Éd. Les Herbes rouges, 1994, 127 p.
Famille italienne de Montréal dysfonctionnelle.

Carole Fioramore-David présente des immigrants italiens venus s'établir à Montréal vers les années 1950. Ils ont fui l'atmosphère déprimante de l'après-guerre, qui a suivi le régime de Mussolini. Ce sont ceux que les Montréalais ont côtoyés dans le quartier que l'on appelle aujourd'hui la petite Italie. L'héroïne Louisa habite d'ailleurs dans la rue Drolet avec sa tante Angelina, toujours habillée de noir.

Abandonnée par sa mère aux mains de cette femme fermée comme une huître, elle n'a que des photos jaunies pour constituer le puzzle de sa triste vie. Comme la gent féminine est soumise à l'omerta à l'instar de tous ceux qui gravitent autour des mafiosi, Louisa est fin seule pour débroussailler le passé douloureux duquel elle origine. Qui était sa mère, une chanteuse du style d'Alys Robi, qui se trimballait de bar en bar en Chevrolet Impala ? Qui était son père, un riche entrepreneur habitant une ville de l'East Island ? Tout un défi de les débusquer même s'ils sont encore vivants quand l'existence repose sur le silence et le mensonge. Se forger une identité dans un tel contexte, c'est se confier une mission impossible.

Dans le cadre du glamour poussiéreux de l'époque, l'auteure pointe les bornes suivies par l'entourage des rois de la pègre, qui ne craignaient pas de casser les reins de tous et chacun pour s'assurer de leur servitude. Comme André Noël dans Le Seigneur des rutabagas, Carole David soulève le voile noir de l'immigration, dont plusieurs ont assumé les frais en renonçant à leurs rêves les plus chers ou en fuyant pour ne pas se faire assassiner, tel Pacifique Plante, le chef de police de Montréal. Avec un réalisme saisissant, la narration rapporte les péripéties de cet exil, comptant parmi les dommages collatéraux de la Deuxième Guerre mondiale. L'œuvre s'anime grâce à un mécanisme structurel des plus efficace que vient appuyer une écriture alerte, mais un peu surannée. Malheureusement, l'éditeur a laissé passer de nombreuses coquilles.