Paul-André Proulx

Littérature québécoise

De Foy, Stéphane.

Social Zéro.
Éd. Trait d'union, 2000, 117 p.

Réinsertion sociale d'un patient en psychiatrie

Ce petit roman est une révélation autant pour le sujet traité que pour l'écriture. Son auteur s'est intéressé à ces gens qui parcourent les rues des centres urbains après avoir été chassés des instituts psychiatriques suite à des compressions budgétaires. Leurs problèmes psychologiques les empêchent de réinsérer convenablement la société. Ils deviennent même des proies faciles pour les prédateurs de tous genres.

L'auteur, un travailleur en organisation communautaire, connaît bien son sujet. On le voit à sa manière de l'aborder. Au lieu de faire une longue récrimination idéologique des politiques de désinsertion pour répondre aux compressions budgétaires, il les rend ridicules en pointant l'effet dévastateur de leur mise en oeuvre à travers l'une des victimes du système. Toute la compassion de l'auteur est manifeste pour son héros abandonné à lui-même dans une société cruelle pour ceux qui n'enfilent pas l'uniforme du conformisme. La défense de cet homme dénote une connaissance approfondie du désarroi imposé à ceux qui ont à vivre la désinsertion. Comme sur le plan social, ils valent zéro, ils représentent même un danger autant pour eux que pour autrui. La meilleure volonté du monde ne saurait les rendre aptes à se réhabiliter. Évidemment l'inévitable est à prévoir quand les failles humaines ne sont pas colmatées.

Ce beau roman ne se contente pas de défendre les plus démunis. L'écriture est très soignée. C'est un emportement lyrique, délirant, révélateur de l'état d'âme de l'auteur narrateur qui s'adresse directement à son héros. Ce rythme fou furieux se maintient du début à la fin pour le plus grand plaisir des lecteurs qui aiment les envolées à l'emporte-pièce. Ce n'est pas sans rappeler l'écriture de Sylvain Trudel, et même la structure qui répond aux normes de la longue nouvelle.