Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Désalliers, François.

Des steaks pour les élèves. Éd. Québec Amérique, 2000, 358 p.

Enseigner au secondaire

François Désalliers a écrit un roman unique dans les annales littéraires du Québec. Il monte en effigie l'image d'un instituteur débutant aux prises avec des élèves indisciplinés alors qu'il enseigne dans une école secondaire. L'auteur aborde le problème scolaire à travers ceux qui le dispensent. Généralement, nous avons droit au discours contraire. Ce sont les jeunes qui expriment leur mécontentement à l'égard du corps enseignant.

Clarence, un comédien oublié des réalisateurs, reçoit un jour l'offre de Tigre, une directrice d'école, afin d'assumer la responsabilité du cours de théâtre, suivi par des adolescents davantage intéressés à déstabiliser leurs enseignants qu'à évoluer sur une scène. Les difficultés pécuniaires du héros l'obligent à accepter le poste d'autant plus qu'une femme et quatre enfants comptent sur lui pour vivre décemment. Cette situation l'amène à se jeter, à son corps défendant, dans la cage aux faunes. La métaphore ne souffre pas d'embonpoint. Certains élèves se sont juré que le petit nouveau n'atteindrait pas la fin d'année, en particulier Tête-bêche, la fille de Bêche-tête, un potentat de la ville. Entre elle et son professeur, c'est un duel qui connaîtra son dénouement quand on jouera la pièce qui va couronner la fin de l'année scolaire. Entre temps, le pauvre enseignant recourt à des stratagèmes pas très efficaces pour mâter ses élèves. Il réussit quand même à les apaiser quelque peu en leur payant le matin des steaks que lui prépare le cuisinier de la cantine de l'école.

Cette idée farfelue est à l'image du reste du roman. On nage en pleine invraisemblance du début à la fin. La directrice accueille Clarence dans son bureau en jouant une partie de bras de fer en plus de marcher au plafond grâce à des souliers agrippants. Le roman collige les gestes fantasques pour amuser les adolescents et les vacanciers. Pourtant, l'auteur avait étalé des ingrédients formidables pour concocter un excellent polar dans lequel le comportement criminel de Tête-bêche aurait pu prendre tout l'espace. Au contraire, comme pour les best-sellers américains, l'auteur a préparé une macédoine indigeste comprenant l'infidélité de son héros, son goût de l'alcool, sa vie de couple en panne et la présence d'un clochard ayant choisi sa classe comme domicile. Un fourre-tout étourdissant qui fait perdre de vue la vocation première de l'œuvre. Embrasse mal qui mal étreint.

Comme François Désalliers est un bon conteur, il peut quand même susciter de l'intérêt pour les difficultés vécues dans un contexte scolaire moderne. Par contre, les incongruités ne se comptent pas. Les principes pédagogiques sont tombés au profit des règlements qui déterminent le nombre de boucles d'oreille que les élèves peuvent porter en classe ou le nombre de centimètres de bedaine nue que l'on peut tolérer pour respecter le code bienséant de la tenue vestimentaire. Bref, ce roman indique que l'enseignement est devenu un art dangereux depuis que certains élèves se comportent à l'instar des membres des bandes criminalisées.

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Désalliers, François.

Asphalte City.

Éd. Leméac, 2015, 285 p.
Des piétons et des cyclistes indésirables

Tous savent que la route est dangereuse. Chaque année, les bilans routiers font frémir. Mais, quand dans une ville, un individu songe à éliminer les piétons et les cyclistes qui entravent la course folle des automobilistes, on peut s'attendre à une hécatombe.


Un notable anonyme d'Asphalte City a concocté le plan machiavélique de soustraire sa ville aux usagers indésirables qui enpruntent les voies de circulation. Toutes les intersections se prêtent bien au carnage qu'il envisage afin de proposer subséquemment au conseil municipal l'érection de passerelles à chaque carrefour dont il serait évidemment le constructeur. Pour atteindre cet objectif, il réunit des conducteurs prêts à exécuter un sale boulot, mais rémunéré, qui convaincrait les élus de la nécessité de construire des passages sécuritaires pour protéger les citoyens contre de soi-disant chauffards irresponsables.

Dans le cadre de ce projet meurtrier, les accidents se succèdent à un rythme effarant. La cadence procure au roman une allure de thriller qui entraîne un facteur à se faire justicier pour venger l'accident de sa fille à vélo alors qu'il en avait la garde. Elle a heureusement survécu à cet avator, mais ce n'est pas suffisant pour le détourner de son intention de débusquer le coupable. Appuyé par ses collègues des postes, il est à l'affût du moindre indice susceptible de le conduire à son arrestation. L'ampleur du phénomène interpelle également le corps policier, qui, lui aussi, entame une enquête dirigée par un inspecteur aveugle.

Cette intrigue serait très crédible si l'auteur ne l'avait pas nourrie, selon ses habitudes, de facteurs farfelus. Cet aspect clownesque ne sert aucunement une oeuvre consacrée à la conduite condamnable des humains qui exposent la vie d'autrui au danger afin d'arriver à leur fin. À cet angle inapproprié au sujet, il faut ajouter une narration que ne caractérise pas un don de conteur aguerri. Bref, c'est plutôt quelconque.