Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Desjardins, Louise.

Darling.
Éd. Leméac, 1998, 233 p.

Le Devenir féminin

Darling est une chanson qu'a interprétée Renée Martel. Le titre du roman de Louise Desjardins réfère à cette œuvre du répertoire country, encore populaire en dehors de la région montréalaise. Pauline Cloutier, l'héroïne du roman, a été élevée au rythme de cette musique dans un petit village de l'Abitibi. Même si elle mène une existence confortable avec son mari et ses enfants à Montréal-Nord, ses racines la remmèneront dans son pays natal pour qu'elle connaisse un second départ dans la vie, plus conforme à ses aspirations.

Délaissant peu à peu sa famille, elle se retrempe avec son amie Réjeanne dans l'atmosphère abitibienne en fréquentant un bar western de Montréal où chante Carlo Frascati, un Québécois né de mère italienne. Ce jeune homme lui sert de tremplin pour devenir une chanteuse, le rêve de sa jeunesse. Cette ambition légitime ne se concrétise pas sans déchirements. Il lui faut abandonner une vie réussie pour les risques d'une carrière aléatoire. Mais c'est ainsi qu'elle veut se réaliser d'autant plus que son mentor lui facilite la tâche en lui offrant son cœur et des occasions de se produire sur scène. Tout semble donc s'engager pour une nouvelle vie prometteuse. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. L'héroïne l'apprend à ses dépens. Elle doit affronter les intérêts mesquins de l'amour, la réorganisation du quotidien pour ne pas se couper de ses enfants et, enfin, les difficultés de rompre une vie de couple qui ne répond plus à ses attentes.

Transplanté dans le décor de l'Abitibi, le roman trace le portrait classique de la femme insatisfaite de sa vie. Dans la foulée du féminisme, l'auteure encourage ses pairs à atteindre les objectifs auxquels elles ont rêvé. L'héroïne, quant à elle, retrouve le dynamisme de son identité à travers la musique qui la guérit de son blues existentiel. Malgré une démonstration qui ne transcende pas les aspirations de l'heure de la femme occidentale issue du baby-boom, l'œuvre peut s'imposer comme une œuvre inspirante, surtout grâce à l'écriture efficace et au don de conteuse de Louise Desjardins, qui centre son propos sur le devenir de la femme au lieu de l'ancrer dans la rivalité qui l'oppose à l'homme.