Paul-André Proulx

Littérature québécoise

 

Désy, Jean.

Le Coureur de froid. Éd. XYZ, 2001, 101 p.

Le Paradis des Inuits

Julien, le héros, est un médecin qui a fui les contraintes sudistes du pays des blancs après que sa femme l'eut quitté. Cette séparation l'amène à renouer avec l'essentiel de la vie qu'il pense atteindre en pays inuit. Il y est heureux et trouve même l'amour auprès d'une autochtone qui désire un enfant de lui.

Il n'en fallait pas plus pour que resurgisse en lui un passé récent. Son désir de renouer avec l'essentiel englobe aussi des liens avec sa fille qu'il a abandonnée entre les mains des vilains blancs. Il projette d'aller à sa rencontre en suivant en motoneige la route de la taïga. Un tel voyage est périlleux. Julien se retrouve donc au pied d'un maigre mélèze qu'il n'a pu éviter à cause du blizzard qui réduisait à néant la visibilité.

Cet accident aiguille le roman sur une voie qui le transforme en une aventure de survie. La connaissance de la chasse et de la pêche devient précieuse pour quiconque affronte cette terre sauvage, pire qu'un désert. Il faut savoir abattre un caribou et être capable de boire son sang si on veut éviter la déshydratation. Ce long périple conduit le héros à la cabane d'un vieil homme qui se meurt du cancer. C'est grâce à un renard que Julien a senti cette présence humaine, qui s'avère très utile dans sa quête d'idéal.

On n'est pas loin de l'imaginaire du Petit Prince. Ce roman poétique fait ressortir l'importance d'autrui et d'un monde qui doit se redonner une virginité. Jean Désy propose le modèle inuit pour contrer celui des blancs. Il rejoint l'univers d'autres auteurs comme Louis Hémon qui, avec son François Paradis, montrait le rebelle qui refuse d'être inféodé, mais que son amour ramène vers le sud.