Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Dion, Lise.

Le Secret du coffre bleu. Éd. Libre Expression, 2011, 207 p.

Religieuse dans un camp nazi

Lise Dion réussit à merveille à nous faire croire qu’elle a glissé dans son œuvre, comme un intertexte, le journal intime d’Armande Martel, sa mère adoptive. La narration au je lui confère un ton qui la rend des plus crédible. On y croit d’autant plus que l’écriture, quoiqu’elle soit conventionnelle, est très alerte et d’une grande pureté.

Même si l’éditeur précise qu’il s’agit d’un récit, c’est un roman autobiographique. Il charrie le vécu dramatique d’Armande Martel, la mère de l’auteure. Un vécu marqué par l’injustice. Injustice dont sa mère fut victime comme orpheline dès l’âge de six ans alors que son père consent, sur le conseil de sœur, de l’envoyer à l’orphelinat contrairement à ses deux frères. Heureusement, la fillette s’y plaît au point de devenir membre de la communauté des religieuses, à qui est confiée l’institution.

Envoyée à Rennes, elle est arrêtée par les Allemands en vertu de son statut, qui en fait un sujet britannique. On la conduit, dans un train à bestiaux, au camp de Buchenwald, où, pendant quatre ans, elle fixe des balles à des bandoulières. Avec efficacité, Lise Dion décrit la Seconde Guerre mondiale de l’intérieur. Elle s’attache aux sentiments des prisonnières à l’égard de l’injustice, qui les a conduites dans l’enfer nazi, où elles subissent les effets d’une haine sans vergogne. Toutes celles qui ont vécu étroitement avec sa mère se sont illustrées par leur grandeur d’âge. Grâce à la ruse, la force de caractère et la solidarité, elles s’en sont sorties vivantes même si les gardiens se désennuyaient en jouant à la « loterie de la mort ». Ils tiraient au sort le nom d’une prisonnière qu’ils exécutaient sur-le-champ. L’héroïsme de ces femmes a valu à sa mère d’être chassée de sa communauté. L’injustice règne en maître jusque dans les officines du Vatican, où on a décrété son renvoi.

Derrière cette histoire très touchante coule un courant d’amour. L’amour des siens et des autres. Et aussi l’amour avec un grand A. Et la majuscule exclut le Dieu d’amour qui a renié sa servante.