Paul-André Proulx

Littérature québécoise

 

Ducasse, France.

La Vieille du Vieux. Éd. Les Herbes rouges, 2002, 159 p.

L'Univers psychologique de la vieillesse

Le titre est trompeur. Il ne s'agit pas de l'histoire d'un vieux couple, mais d'une femme qui habite le Vieux-Québec. Elle vit depuis toujours un vieil immeuble qu'elle a reçu en héritage le jour de ses quatre-vingts ans. Le propriétaire a ainsi voulu reconnaître la fille illégitime conçue par la domestique de la maison à la suite des privautés de son fils.

Le roman s'attache à cette fille devenue vieille. Vivant seule dans cette immense maison, elle s'ennuie à mourir, car elle ne s'est jamais mariée et n'a jamais eu d'enfant. Heureusement, Jean-Cri, le jeune voisin d'en face, la remarque. Entre eux naîtra une amitié qui n'est pas sans rappeler le film Harold et Maud.

Pour apprécier cette oeuvre, il faut aimer décrypter les subconscients. Avec une écriture habile à créer une atmosphère fantasmagorique, l'auteure plonge le lecteur dans l'univers de cette vieille femme. Comme elle vit en retrait de la société, elle s'est créé un monde parallèle qu'elle a peuplé d'enfants fantomatiques puisqu'elle s'est occupée toute sa vie de ceux qui ont habité sa maison.

Ce roman peut servir de cours d'introduction à la gérontologie. Si on est le moindrement familier avec l'univers des vieux, on sait qu'ils s'inventent, comme les enfants, un monde merveilleux qui devient leur réalité. Ce n'est pas de la sénilité, c'est une manière de vivre pour se protéger de l'abandon dont ils sont l'objet. France Ducasse fait ressortir merveilleusement l'aspect psychologique de la vieillesse comme Jean-Pierre Boucher s'était attaché à l'aspect physique dans Les Vieux ne courent pas les rues.