Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Élie, Normande.

Autopsie d'un cri. Éd. Des Glanures, 1999, 134 p.

Notre misérable condition humaine

Autopsie d'un cri est un recueil de 18 nouvelles traçant le parcours d'un quotidien que l'on connaît bien. On rencontre une quinquagénaire qui découvre enfin l'orgasme avec un amant, des gens qui fréquentent les bars, des enfants malades, une amoureuse déçue, une vieille abandonnée, un patron qui baise sa secrétaire, un homme laid, une obèse... Bref, un portrait d'une société en mal de bonheur.

Comme le titre l'indique, l'auteure fait l'autopsie des cris de la vie. D'où viennent-ils? C'est déjà précisé en bonne partie dans l'introduction. Ces nouvelles n'apporteront pas la sérénité aux désespérés de l'humanité. Au contraire, elles fournissent l'eau aux moulins de ceux qui examinent notre planète à travers le filtre du malheur. Comme L'Homme révolté de Camus, il ne leur reste qu'à crier justice devant le mal qui semble triompher dans tous les continents.

Normande Élie joint sa voix à ceux qui le dénoncent. Le mal est bien incarné dans son oeuvre. Ce sont les enfants qui délaissent leurs vieux parents, c'est le macho qui méprise la femme, c'est la maladie qui emporte de jeunes enfants, ce sont des parents qui font payer le prix de leur divorce à leurs enfants, c'est la méchanceté consciente ou inconsciente des uns qui précipitent les autres dans la mort.

Ces nouvelles sont habilement écrites. Les thèses de départ enclenchent les bonnes antithèses, mais malheureusement l'auteure a négligé ses synthèses. Au lieu d'amener une chute originale et inattendue, elle termine la plupart de ses histoires en projetant les héros dans la mort. L'un se fait renverser par une voiture en traversant la rue, l'autre est victime d'un meurtre gratuit. Le choix d'une fin abrupte et facile enlève de l'intérêt à cette oeuvre valable malgré le traitement peu innovateur du sujet.