Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Favreau, Marc.

Esstradinairement vautre. Éd. de l'Aurore, 1974, 147 p.

Résumé humoristique de la condition humaine

Sur scène, avec son costume de clown rappelant l'accoutrement des sans-abri, Marc Favreau, alias Sol, se penche depuis plus de trente ans sur le sort de l'humanité souffrante. Ses monologues humoristiques couvrent le champ de toute l'activité humaine. L'auteur lance ses divagations sémantiques dans des tirades joyeuses pour éviter de susciter la pitié.

Voici un exemple de l'exploitation intelligente de la langue qui divertit tout en incitant à la réflexion. Trompez sonnettes. Cherchez les contrepèteries, les contre-sens et les néologismes créés par Sol, marié, dit-on, à Solange. Leur solage a donné plein de petits sous-Sols. (N.B. Marc Favreau ne ponctue pas ses textes.)

Mes dents et mes yeux, mes chers électrons,
Je ne suis pas là pour vous faire des pommettes, la lutte est serrée, elle étouffe. Nous avons des adversailles de terre et si l'heure est grave, la nôtre aussi. Écoutez-les, mes dents et mes yeux, nos adversailles, qu'est-ce qu'ils vont vous dire? Ils vont vous dire que tout va bien. Tout va bien? Eh bien non, ils sont dans l'horreur, tout va mal, tout va très énormément mal. Y a qu'à visionner les horriblifiques malheurs qui nous varicellent de toutes parts. C'est horriblifique! La confiture est de moins en moins économique, le produit national est de plus en plus brut. Et ils disent que ça va bien. Et quand ils ne savent plus quoi dire, ils s'excusent bien sûr. Le garnement a jamais eu d'autres paternatives. C'est la bourse ou la vis. Quand la vis a la mine basse, qu'est-ce qu'ils font? Ils serrent la vis. Et le résultat? Je vous le demande. Le gamin d'œuvre n'a plus d'ouvrage. Bien sûr, il y a l'assurance chaumière. Quand ils desserrent la vis, la bourse se remplit. Tout le monde dépensouille comme des fous comme s'il y avait le feu. Et ça donne l'inflammation.