Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Fleury, Jean-Louis.

Retraites à Bedford. Éd. Saint-Jean, 2012, 288 p.

Les Retraités de la scène


Des artistes de la scène vit leur retraite dans une pension de Bedford appelée Aux talents d'Antan. Tout baigne dans l'huile. Les retraités profitent de la piscine et du vaste domaine sur lequel est érigée cette résidence de luxe. Au dîner, tous se retrouvent autour d'une table appétissante. On sert une nourriture des plus fraîche grâce au jardinier, qui, en plus de faire jouir les palais avec ses produits, en profite pour enflammer la cuisinière, qui se consume dans la chaleur d'une alcôve débridée.

Mais quand le propriétaire meurt subitement, les pensionnaires doivent s'adapter à un nouveau régime de vie. La cuisinière, qui gère dorénavant l'hospice, accueille un personnage issu du monde policier pour occuper la chambre vacante par la mort de Ferdinand. Il s'agit d'un oncle, un homme intrigant, mais désireux de s'adapter à ces joyeux lurons en perte d'humeur depuis son arrivée.

L'auteur a planté son chevalet dans le décor enchanteur de la route 202, soit celle des vins et des vergers. À l'esquisse de la résidence de Bedford bornée par la rivière aux Brochets, il juxtapose un drame policier tournant autour du nouveau pensionnaire, l'ancien chef de l'escouade des stupéfiants de Montréal, qui a purgé sa peine pour avoir revendu à son profit les produits illicites saisis par les argousins. Jamais ce dernier n'aurait cru qu'à Bedford, on se soit souvenu de lui au point de vouloir l'offrir en pâture aux brochets de la rivière.

Son assassinat compose le second volet de l'œuvre. L'enquête est confiée à Aglaé Boisjoli. Grâce au journal que tient le narrateur, elle parvient à trouver des éléments l'orientant vers la piste du tueur. Et ce ne peut être autre qu'un pensionné de l'établissement. Son flair ne la trompe pas. Il s'en suit un interminable interrogatoire pour confondre un accusé coriace devant les preuves qui l'accablent.

Le polar pêche contre les normes du genre. En fait, ce n'est ni un polar ni un roman sur les retraités. Les deux volets cheminent sans se souder véritablement. Certains seront ennuyés par la vie des has been, qui passent leurs soirées à jouer aux cartes; d'autres se languiront en lisant l'interminable interrogatoire menant aux aveux de l'accusé. Le ton du roman et la plume incisive de Jean-Louis Fleury préservent de l'échec son projet d'écriture. Amant du subjonctif imparfait qu'il emploie avec humour, l'auteur a tout de même réussi à écrire une œuvre que d'aucuns liront avec plaisir, d'autant plus que l'on reconnaît les protagonistes sous les noms d'emprunt.