Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Folch-Ribas, Jacques.

Paco. Éd. Boréal, 2011, 146 p.

La Guerre civile d’Espagne

Ce roman plonge dans l’enfance de l’auteur natif de Barcelone. Ses parents ont fui la Catalogne, où il était dangereux de vivre, même après la guerre civile, qui, pendant trois ans, de 1936 à 1939, a décimé la population.

Au plus fort des hostilités, tous se suspectaient en raison des nombreuses factions belligérantes, qui s’affrontaient à qui mieux mieux, même à l’intérieur de leur propre corpuscule. Les communistes, les socialistes, les gauchistes ne parvenaient pas à unir leurs forces pour empêcher Franco, soutenu par les maures et l’Église, de s’emparer du pouvoir. Le fusil et le crucifix participant au même combat.

Le jeune héros Francesco, surnommé Paco, est effrayé par ce chaos fulminant de la bêtise humaine alors qu’il est en proie à son éveil sexuel. Sa famille quitte son village de campagne, où le garçon vit heureux entre des parents modèles, pour s’établir à la ville. Mal leur en prit. Les combats se multiplient dans cet univers livré au désordre et à l’imbécillité. Concha, une militante républicaine, essaie tant bien que mal d’expliquer la situation au héros. Les gens meurent sous les décombres ou meurent de faim. Devant l’ampleur de la folie collective, la population fuit vers la France à travers les Pyrénées. Déplacement pénible et surtout douloureuxquand l’amie de Paco périt sous une rafale de balles tirées d’un avion volant en rase-mottes.

Avec concision et éloquence, l’auteur évoque l’horreur de ce pan de l’Histoire espagnole. Son roman raconte éloquemment cette guerre sous l’angle des enfants qui l’ont subie, tel Tanguy de Michel Del Castillo, un autre petit espagnol déporté dans un camp de la mort allemand. Deux beaux romans sur un même sujet, qui est toujours d’actualité. Quel est le sort des enfants de l’Afghanistan ou de la Lybie ?

D’aucuns pourront reprocher à l’auteur d’avoir rappelé inutilement les grands personnages venus en appui aux républicains sans que leurs interventions aient une incidence sur la trame. Il reste que c’est un beau roman, écrit avec retenue. Au lieu de suivre la voie du sensationnalisme, l’auteur s’est penché en toute objectivité sur une enfance douloureuse en mêlant le je et le il pour distinguer la fiction de la biographie. Ce choix est fort discutable, mais la poésie couvre les faiblesses inhérentes à toute œuvre.