Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Fontaine, Nicole.

Olivier ou l’inconsolable chagrin. Éd. Hurtubise, 2009, 157 p.

Pardonner un pédophile

Ce roman s’intéresse aux conséquences de la déviance du pédophile sur sa famille. L’auteure ne s’est pas attardée à décrire les actes torrides et rebutants de son héros de 26 ans avec un enfant de 11 ans. La trame souligne plutôt l’inconsolable chagrin d’un homme repentant. Il fallait y penser avant, dira-t-on. Quoi qu’il en soit, il doit maintenant assumer sa conduite.

En mission humanitaire au Sri Lanka pour y construire un dispensaire, Olivier, qui étudie en médecine, est hébergé par une famille de Rahwane, où, sous les yeux de parents consentants, il devient l’amant d’un enfant, heureux d’être le bien-aimé d’un Montréalais d’Outremont. Eu égard à la culture occidentale, il s’agit d’une abjection, mais dans cette île de l’océan Indien, la situation est dans l’ordre des choses. Dans ce contexte, le pédophile occidental perd facilement le sens de la culpabilité. Mais de retour à Montréal, Olivier se sent envahi par le remords. Sa conduite à l’étranger le tarabiscote au point de se sentir mal à l’aise au milieu des siens, en particulier devant sa compagne Clara. Sur son conseil d’ailleurs, il se réfugie à l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac afin de retrouver la paix de l’âme. La quiétude a un prix. C’est celui de l’aveu. Aveu que la honte lui interdit d’accepter. Son retour à Montréal emprunte donc la voie du suicide au volant d’une auto qu’il dirige à 140 km/h sur un pilier de l’autoroute 10.

Il s’en sort tétraplégique tout en apprenant que la paternité l’attend au détour. Qu’offrir à cet enfant à naître alors qu’avec un corps devenu inerte, il ne pourra lui-même satisfaire ses besoins ? Cette fois-ci, pour renouer avec la sérénité, il n’a d’autre choix que d’avouer à ses dépens un amour illicite que l’on n’excuse pas, même au cœur des pénitenciers. Heureusement pour lui, l’amour familial a l’éponge facile. Mais, selon l’épigraphe du roman emprunté à Marguerite Yourcenar, «être capable de tout comprendre est bien plus rare que de tout pardonner.». Même en accordant son pardon, comment Clara pourra-t-elle se lover sans arrière-pensée dans des bras qui ont enserré amoureusement un enfant ?

Nicole Fontaine n’a pas cru bon d’épiloguer sur la question. Après avoir posé les jalons d’un questionnement sur les conséquences des actes d’un pédophile sur son entourage, elle a choisi, comme pour une nouvelle, un dénouement qui se dissocie des prémisses. Ce n’est que le survol superficiel d’une problématique, qui dévoile l’empathie d’une auteure pour un humain en détresse. C’est un cœur de mère décédée qui souffre autant que son fils qu’il nous est donné de comprendre. Cet ésotérisme est injustifié dans le cadre d’un roman qui n’a rien à voir avec l’au-delà.

Heureusement, la forme fort bien ficelée le sort quelque peu des ornières. La narration polyphonique donne la parole à chaque membre de la famille pour qu’il se situe devant la dynamique à laquelle il est confronté bien malgré lui. Il nous est donné de voir une famille bien étanche à travers une écriture simple, mais assez estudiantine.