Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Fortin, Pierre

Le Rôdeur de la Paramount. Éd. Québec Amérique, 2009, 292 p.

Le Monde de l’art

Adossé au pont Jacques-Cartier, le Faubourg à mélasse est un quartier ouvrier, où se dressent encore les anciens réservoirs contenant le précieux résidu sirupeux, qui faisait le délice de Donalda, l’héroïne de Claude-Henri Grignon dans Un homme et son péché. Le roman s’appuie sur ce décor pour desservir une trame reliée au monde de l’art.

La nuit, Squeeg met son talent de peintre à profit en couvrant de graffiti le dôme d’une citerne contiguë à l’ancien édifice de la Brink’s, acheté par La Paramount, une entreprise qui loue des objets d’époque pour le cinéma, la télévision ou le théâtre. L’intrigue est déclenchée quand un homme s’y amène dès l’aube sans ressortir du bâtiment. Mystère qui laisse le graffiteur perplexe de même qu’un jeune couple d’artistes devant des photographies qu’ils ont achetées chez un antiquaire. Comme un polar, le roman lance en parallèle ces protagonistes dans une investigation afin de découvrir l’identité des personnages qui les intriguent. Leur chevauchée les emmène sur la même piste qu’ils parcourent ensemble par la suite afin de localiser leur repaire attenant aux tunnels désaffectés du port de Montréal. Lieu que l’auteur exploite pour sous-tendre que les artistes sont soumis aux magouilleurs en tout genre, comme le démontrait aussi Ook Chung avec des romanciers que l’on encageait dans L’Expérience interdite.

L’auteur a prêté sa plume au monde de la création et, surtout, à ses déviances. Roman instructif à cet égard, qui s’attache aussi aux sentiments des artistes à travers un photographe qui précise, dans des chapitres en italique, comment son art lui a servi à faire revivre sa femme décédée. Propos bien ficelé, qui vulgarise un univers peu familier pour un lectorat le plus vaste possible. Objectif atteint avec une écriture empruntée à la technique du coup de pinceau du peintre aguerri. Mais n’est pas Balzac qui veut. Le roman manque d’un ton qui l’aurait allégé, sans compter les quelques erreurs d’orthographe et de grammaire qui le déparent.