Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Gagnon, Pierre

1. Berretta, c'est un joli nom.
Éd. Édito, 2014, 121 p.

Une ado de 150 kilos

Sous un titre sans lien évident avec le sujet, l'auteur raconte, de manière mi-figue, mi-raisin, la fugue d'une adolescente obèse âgée de 14 ans. Elle traîne ses 150 kilos avec un goret de la porcherie de son père, un homme qui a travaillé dans le monde de la publicité avant de se recycler en éleveur d'animaux.

 

Rose, l'héroïne, accuse sa mère Hélène d'être la source de ses malheurs que ne soupçonne même pas son géniteur. Sa cécité psychologique l'empêche de lire les tracas qui se faufilent sous les traits du visage. Pour repaître son âme, la jeune fille décide de quitter le toit paternel afin d'aller à la découverte de sa mère. Grâce à un jeune immigrant équatorien " avec une dentition de vieillard " qu'elle a connu sur le WEB, elle espère enfin la trouver. Ce Fuentes confie à Rose qu'il sait où se terre sa génitrice. En attendant les retrouvailles salvatrices, elle se prête aux activités pernicieuses de son rédempteur, un proxénète qui œuvre dans le monde de la pornographie. Ses réalisations prennent le chemin d'un site WEB qui expose la nudité de ses protégées.

UCe conte sur la communication dans les relations parentales ne renouvelle pas la thématique, mais le traitement dédramatise la situation en la teintant d'humour. Dans un décor planté dans un monde déjanté circulent ses gardiens alors qu'elle était enfant, des jumelles qui exercent le plus vieux métier du monde, une amie qu'elle a perdue au profit d'une institution consacrée à la réhabilitation. Rose est attachante, mais on ne parvient pas à croire à son histoire. C'est peut-être trop farfelu contrairement à La Déesse des mouches à feu de Geneviève Pettersen, qui porte sur un sujet apparenté et qui est déjà commenté sur le site. Cette œuvre est plus lumineuse que celle de Pierre Gagnon. Même si c'est bien ficelé et bien écrit, ce roman sur les bonheurs impossibles manque la cible du lectorat par un poil.

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2. Cent mètres.

Éd. Druide, 2015, 152 p.
La Valse à mille temps

La vie est-elle une course de 100 mètres ? Tout pousse à y croire. On vit même dangereusement pour se donner l'impression d'être bien adaptés à la société des records Guinness. Il faut être le champion de la course à n'importe quoi.


Dans ce contexte, on peut comprendre les crises d'angoisse qui alimentent la clientèle des psys. Avec son roman, Pierre Gagnon lance une invitation au ralentissement. Une invitation aussi peu efficace que la publicité gouvernementale qui invite les jeunes à ralentir sur les routes. Le narrateur, lui, est bien convaincu de la nécessité d'adopter un rythme de vie qui s'éloigne de la valse à mille temps. L'important reste le regard empathique que l'on porte sur autrui, voire sur l'amour pour lequel on est prêt à s'engager. Bref, c'est l'autre qui compte.

L'objectif de l'auteur est louable, mais le discours qui le supporte est peu convaincant. L'écriture coule avec fluidité sans parvenir à entraîner lecteur dans son sillon. En somme, c'est une œuvre pas assez prégnante.

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