Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Gaudet, Jonathan.

La Piscine. Éd. Héliotrope, 2016, 245 p.

Jonathan Gaudet tenait un sujet en or qu'il a malheureusement galvaudé. Avec un préambule prometteur, on s'attendait à un roman qui honorerait la littérature d'autant plus que l'auteur manie bien sa plume. Hélas, c'est une déception qui attend le lecteur malgré la nouveauté thématique. Rares sont les romans qui traitent des dangers de la présence des centrales nucléaires.


Au Québec, il y en a une seule à Bécancour que l'on est en train de démonter. Aucune catastrophe n'est venue entacher son dossier, mais on a constaté que le taux d'enfants nés avec une difformité était plus élevé qu'ailleurs. C'est dans le village fictif de Mares-Noires que l'auteur plante son décor. Tous les Québécois reconnaîtront Bécancour. Et le malheur que tous craignent survient alors qu'une explosion sévit dans la centrale du village.

David Bonaventure y travaille. Jeune marié, il est le père d'Émilie, une fillette nouvellement née. Un bon matin, Catherine, sa femme, apprend en écoutant la radio que la centrale est en feu. On peut imaginer son questionnement à l'annonce de cette nouvelle " Mon mari est-il en sécurité ? " Elle appelle à son milieu de travail d'où on lui transmet un message évasif : " Les pompiers s'en viennent. " Ce n'est pas très rassurant. Et il advient ce qui devait advenir. On lui annonce la mort de David.

Le deuil fait, Catherine refait sa vie avec Richard. Émilie s'habitue à sa nouvelle vie non sans ruer dans les brancards. Mais coup de théâtre, David revient après une dizaine d'années. Qu'a-t-fait pendant ce laps de temps ? Il s'est retrouvé dans les haltes routières et dans les restaurants des États-Unis. L'auteur n'est pas très disert à ce sujet. Tout ce que l'on peut en dire, c'est que le héros n'a pas eu la vie facile.

Ce roman a deux volets très distincts. Le premier décrit les angoisses d'une femme qui perd son mari, et le second s'attarde à l'explosion de la centrale et à la fuite du héros pour des causes inconnues. Un prologue présente la fille du couple dans un hôpital où elle subit un suivi psychologique après un accident d'auto et l'épilogue retourne l'adolescente chez sa mère.

C'est un salmigondis d'éléments devant servir à la recette d'un roman noir dédié aux adolescents. Jonathan Gaudet s'est contenté d'en faire la liste : une adolescente fugue, une ville minière ferme ses portes, un homme meurt dans l'explosion d'une centrale nucléaire, il revient dix ans plus tard. On n'en sait pas plus. Autrement dit, l'auteur a oublié de mixer ses ingrédients pour en faire un roman.