Paul-André Proulx

Littérature québécoise

 

Gauthier, Louis.

Voyage au Portugal avec un Allemand. Éd. Fides, 2002, 181 p.

Le Jeune Homme en quête de soi

Voyage au Portugal avec un Allemand fait partie d'une trilogie commencée avec Voyage en Irlande avec un parapluie. Et il est à prévoir un autre titre qui pourrait être Voyage en Inde avec...

Dans ce roman, un jeune écrivain québécois arrive au Portugal en provenance d'Irlande avec son parapluie, qui le suit toujours. Ce n'est qu'une escale avant de se rendre en Inde. Ce voyage coïncide avec la révolution islamique qui a chassé le shah d'Iran. Cette situation l'embête puisqu'il avait prévu traverser ce pays pour atteindre sa destination.

Ce roman n'illustre pas l'adage qui dit que les voyages forment la jeunesse. C'est plutôt une fuite que le héros espère génératrice de ses forces morales. Il vient d'essuyer un échec amoureux auquel il veut remédier en parcourant la planète. C'est un homme démoli en quête d'un en-soi si parfait qu'il faudrait être dieu pour l'incarner. Un Allemand rencontré par hasard tente de lui faire comprendre que ce qui est important dans la vie, c'est d'avoir une âme. Même son ancienne amante lui indique dans une lettre en poste restante que l'amour n'échappe pas à ceux qui savent rester humains. Mais ces conseils judicieux n'auront pas profité à ce jeune homme, qui continuera sa route vers le Maroc.

Le héros est le narrateur de ce récit de voyage. On pourra peut-être être agacés par les passages caractéristiques du genre : " Je me suis levé, j'ai lavé mes vêtements, je me suis fait couper les cheveux... " Par contre, les autoanalyses sont très intéressantes parce qu'elles sont lucides. À cet élément s'ajoutent des observations pertinentes sur le pays et la population. Mais cet univers du jeune homme désemparé de notre époque est assez déprimant. Alcool et sexe viennent souvent combler son vide existentiel. Le sujet n'est pas original. Guillaume Vigneault a écrit une oeuvre semblable avec Chercher le vent, qu'il aurait pu intituler Voyage en Louisiane avec un noir. Mais grâce à l'écriture dépouillée, on vit plus profondément les angoisses d'un jeune écrivain en panne, qui a choisi l'évasion comme remède aux bobos de son âme.

Pour apprécier ces deux oeuvres, il faut aimer jouer au psy avec les " moi " de l'humanité souffrante. Il se publie énormément de romans qui transforment les peines en voyagements. Que ce soit en pensée ou autrement, qui ne cherche pas son pays intérieur? C'est en quoi l'œuvre de Louis Gauthier colle à la réalité de la jeunesse et de ceux qui approchent de la retraite. Ces romans me rappellent Sauvez mon âme, une chanson de Luc de LaRochelière.