Paul-André Proulx

Littérature québécoise


Girard, Salomé.


Jusqu’à plus soif. Éd. JCL, 2013, 224 p.

Orientation sexuelle.

Ludwig et Alice sont en couple depuis dix ans. Lui tente de faire publier le roman qu’il vient d’écrire et elle, c’est une artiste-peintre. Ils veulent s’aimer jusqu’à plus soif. Ils atteindraient facilement leur objectif si une ombre de mystère ne pesait pas sur leur destinée. Un ombre qui s’alourdit quand Alice est invitée à participer à la fête d’un de ses professeurs de l’école des Beaux-arts qui prend sa retraite.

Retrouver ses anciens camarades l’asticote après 20 ans. Que sont-ils devenus ? L’avenir qui s’annonce sans nuages emprunte souvent des coulisses qui concourent à la perte de ceux qui se sont même bien préparés à y faire face. Les années laissent des séquelles qui détruisent parfois l’idéal des âmes les plus fortes. Alice craint les aléas de la vie pour tous et chacun. Cette bande de jeunes enthousiastes, dont elle faisait partie, ont-ils perdu leur joie de vivre ? Et surtout elle se demande si Élie-Naïde, sa grande copine d’alors, sera de la fête. Remuer le passé peut faire mal d’autant plus qu’Alice s’était éprise de cette camarade de classe. Leurs relations passionnelles soulèvent encore un questionnement sur son orientation sexuelle. Alice aime les hommes et les femmes. Ça la préoccupe. Ces retrouvailles l’aideront peut-être à fixer son choix à tout jamais.

Sur ce canevas, Salomé Girard, Julie de son véritable prénom, a brodé une histoire tout intimiste. Le genre peut être facilement ennuyeux. Au contraire, le roman décrit avec vivacité les états d’âme d’une héroïne en quête de l’essentiel dans la vie. Elle confie ses constatations à son chat Sésame, qui ne se laisse pas impressionner par les confessions de sa maîtresse. On ne montre pas à un vieux félin à philosopher. Il sait prendre la vie du bon côté. On se perd à vouloir tout expliquer. Il faut savoir lâcher prise pour se rendre disponible aux enseignements de l’instant présent. Autrement dit, il faut avoir l’âme ouverte pour se construire un jour à fois. Les préceptes monastiques recommandent d’être sensible à la présence de Dieu pour se rendre disponible à sa grâce. Cette veine parcourt l’œuvre afin d’amener l’héroïne à la contemplation de la vie qui bat. Le passé donne des racines, mais le présent exige qu’on entretienne son jardin intérieur au quotidien pour le protéger du dépérissement. En jardinage, ce n’est pas hier qui compte, ni demain, c’est maintenant.

Cette présentation peut laisser croire à un roman de croissance personnelle. Pas du tout. En fait, le roman expose l’art d’un cheminement réussi. L’orientation sexuelle d’Alice n’est qu’un prétexte pour savoir aimer jusqu’à plus soif. Bref, c’est original, alerte, positif et sans saveur de guimauve.