Paul-André Proulx


Littérature québécoise


Gilbert, François.

Coma. Éd. Leméac, 2012, 119 p.

Un Japonais en Chine

François Gilbert a écrit un roman japonais à l'instar d'Aki Shimazaki. L'auteur a délaissé le souvenir touristique romancé afin de se concentrer sur Kikuchi Satô, un jeune qui fuit son pays après un échec amoureux tragique pour s'implanter à Shanghai, où il occupe un emploi au sein de la brigade du restaurant d'un grand hôtel.

Le suspense repose sur la découverte de la personnalité trouble du héros. Lui-même entreprend son introspection quand Ayako devint comateuse à la suite d'une tentative de suicide ratée. Malheureuse que Kikuchi ne réponde pas à ce qu'elle attend de lui, elle lui crève un œil avant de se jeter d'un bateau sur lequel le couple se trouve le jour de leur fatidique séparation.

Pour oublier son drame, il fournit de grands efforts pour s'intégrer à son pays d'adoption en cherchant l'admiration d'autrui. Pour s'y faire, il accorde une attention particulière à son image, voire emprunter celle de ceux qu'il admire, tel Yoshi, le frère d'Ayako, dont il porte même les vêtements pour paraître plus viril. Cette quête d'identité le conduit hors de ses pas. Il veut être autre pour atteindre le cœur d'autrui. Problématique qui se creuse par sa ressemblance avec Ayako. Serait-il plutôt un androgyne en quête d'une orientation sexuelle ? Faute de choisir son camp, il se retient d'un amour véritable, dont se plaignent les femmes qui l'aiment, telles sa copine japonaise et Ya Jun, la réceptionniste de l'hôtel où il travaille.

Le portrait porte la signature d'un auteur parvenu au sommet de son art. Pourtant, c'est la première œuvre d'un trentenaire. Sa maturité laisse prévoir un avenir littéraire prometteur. L'écriture porte même la marque d'une plume aguerrie. Son roman est un petit bijou que l'on saura apprécier si l'on est interpellé par les maux de l'âme.