Paul-André Proulx

Littérature québécoise


Gill, Pauline.

Et pourtant elle chantait. Éd. VLB, 2001, 186 p.

Le Mutisme d'une fillette

Depuis quelque temps, certains romanciers explorent le mutisme des enfants. C'est le cas de Sergio Kokis dans Un sourire blindé ou de Gilles Tibo dans Le Mangeur de pierres. Pauline Gill ajoute son nom à la liste avec un roman consacré à l'univers d'une fillette de cinq ans qui peut chanter, mais qui ne peut pas parler. À travers elle apparaît une époque pas très lointaine, tissée autour de la cellule familiale.

L'héroïne vit entre des parents conformes aux standards des années 50. La mère reste au foyer, et le père est cuisinier dans un camp de bûcherons. Elle a une sœur blonde qu'elle aime bien et qu'elle envie d'être si belle. Sa famille mène une vie paisible malgré un quotidien exposé aux vilenies d'autrui à cause de son handicap. Comme narratrice du roman, elle trace des siens un portrait ajusté à son âge. L'auteure n'en profite pas pour jouer au psy à travers son personnage principal. Elle adapte son propos à celui d'une enfant qui juge défavorablement une grand'mère ainsi qu'une tante vivant aux États-Unis. Les autres adultes bénéficient de son admiration comme c'est naturel chez les enfants. En gros, elle jauge ses relations. Elle constate que son mutisme est une source de rejet. Souvent on la tient responsable de sa condition au lieu d'en éprouver de l'empathie. Mais comment se libérer de ce cercle vicieux? En attendant, elle se contente d'un équilibre précaire grâce au chant et à son cousin brimé par une mère castratrice.

Ce récit d'une fillette aurait pu être intéressant. Il devient vite lassant car c'est une éphéméride peu propice à l'éclairage des personnages. Pauline Gill se contente plutôt de narrer des anecdotes malencontreuses comme la glissade en luge qui se termine dans la rivière. Ce n'est pas suffisant pour créer une atmosphère dramatique. Et ce n'est pas en faisant pleurnicher les protagonistes que l'on s'apitoie sur leur sort. Il faut plus que des larmes et des malheurs pour créer un intérêt. L'auteure ne se reprend pas avec le dénouement, qui normalement aurait dû tourner autour de la cause du mutisme de la fillette. On l'apprend, mais elle apparaît comme un aparté à l'intérieur de l'œuvre. Ce roman écrit convenablement compte de bons ingrédients, mais on a oublié la levure qui l'aurait fait lever.