Paul-André Proulx

Littérature québécoise

 

Gravel Richard, Julie.

Enthéos.
Éd. Septentrion, 2008, 260 p.

Les Assises de notre civilisation

Un jour à la fois, Oh mon Dieu
Je ne suis qu'un homme, rien qu'un pauvre homme
Aide-moi à croire à ce que je peux être, à ce que je suis
Montre-moi le chemin pour progresser
Mon Dieu, pour mon bien
Guide-moi toujours un jour à la fois

La chanson d'André Breton interprétée par Renée Martel résume très bien le roman de Julie Gravel-Richard. Le titre laisse croire à un roman réservé aux seuls initiés de la culture grecque à l'époque de l'Antiquité. L'auteure n'a pas écrit un essai romancé. Enthéos raconte l'année scolaire de Thomas, un Montréalais qui prépare un doctorat sur L'Apocalypse de saint Jean à l'université Laval de Québec.

Naguère en théologie, il a troqué cette science pour la littérature après avoir perdu la foi à la suite de la mort tragique de son frère jumeau. Cette fatalité, dont il se sent responsable, a déclenché chez lui un chamboulement bien compréhensible, d'autant plus qu'il était déjà préoccupé par le sens à donner à l'aventure humaine. La disparition de son frère le tourmente au point d'abandonner ses premières études comme source de réponses à son questionnement. En somme, les circonstances lui ont fait perdre le nord, mais un ange, dont l'étymologie grecque signifie messager, lui indiquera " le chemin pour progresser " vers la lumière. Ce sera son professeur Elsa, dont il va devenir amoureux. Leurs relations stimuleront enfin son enthéos, la pile qui l'alimentera pour continuer sa quête métaphysique.

Ce roman se définit comme une œuvre de transcendance. L'auteure, en excellent professeur, s'est servi de sa pédagogie pour le transformer en initiation à la culture occidentale. Ça agrémentera l'apprentissage de ses étudiants, mais ceux qui sont déjà rompus aux textes fondateurs de notre civilisation n'en tireront pas grand profit, d'autant plus que le volet amoureux bat au rythme de la chanson de Renée Martel et du roman de gare. Même si cette œuvre n'est pas dénuée d'émotions, ça reste le chaste balbutiement de l'apprenti(e) qui s'essaie à l'art romanesque sans déplaire à son directeur spirituel. Le Pendu de Trempes d'Andrée A. Michaud, Le Maître de jeu de Sergio Kokis ou Au-delà des visages d'André Giroux se présentent comme des références plus pertinentes sur la thématique.