Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Groulx, Lionel.

L'Appel de la race.
Éd. Dides, 2015, 192 p.

Le Père du PQ

L'auteur est un ecclésiastique nationaliste (1878-1967) qui a fait courir les foules en son temps. Ardent défenseur de la nation française en Amérique, on peut le considérer comme le père du Parti québécois. Son roman, publié d'abord en 1922, contient une large part de sa pensée.


Le héros, Jules de Lantagnac, a épousé une Canadienne anglaise anglicane convertie au catholicisme, qui lui a donné quatre enfants. Avocat aux services d'entreprises anglaises, il habite Ottawa tout en s'intégrant à la communauté anglophone. Mais à 43 ans, son passé francophone le rattrape alors que le gouvernement ontarien menace de fermer les écoles françaises.

Un Oblat, le père Fabien, l'incite à renouer avec ses racines françaises. Il se rend donc à Vaudreuil, sa ville natale, pour revoir sa parenté. À leurs contacts, l'appel de la race le frappe de plein fouet au point d'intégrer ses enfants à la culture française. Sa femme est loin d'approuver son intention. Le couple se divise tellement à ce sujet que le divorce se présente comme la solution à l'imbroglio. Son devoir national prime sur la famille. Deux de ses enfants appuieront sa démarche tandis que les deux autres se rallieront à leur mère.

Dans le langage de l'abbé Groulx, la race est synonyme de peuple. Mais la population de l'époque (années 20) s'attachait au sens premier de race. C'est pourquoi son roman a soulevé la controverse. L'auteur se montre assez maladroit pour définir son nationalisme. D'aucuns y ont vu le parti pris de la supériorité du peuple francophone. Ils ne sont pas loin d'avoir raison d'autant plus que l'abbé Groulx considère la mixité comme " une déchéance et une fin ".

Le roman ressasse des préjugés que l'auteur ne parvient pas à combattre faute d'être perdu dans une terminologie qui lui échappe. En fait, Lionel Groulx ne prônait que le français en Amérique. On est loin de la quête de la pureté de la race défendue par un certain führer. Quoi qu'il en soit, les idées de l'auteur furent accueillies au Québec avec une ferveur qui ne se dément pas avec le temps. Mais comme romancier, le bon abbé aurait eu avantage à faire ses classes dans le genre. Heureusement que Jacques Parizeau a ouvert le nationalisme de son père spirituel sur l'économie et l'adhésion à une nation forte de sa mixité.