Paul-André Proulx


Littérature québécoise


Harvey, Pauline.

L'Enfance d'un lac. Éd. Herbes rouges, 2012. 170 p.

Les Amitiés d'enfance

À Sainte-Colombe situé près du lac Biac (lieu fictif) vit la famille de Pauline Harvey. On peut imaginer que c'est une ville du lac Saint-Jean, voire Alma où est née l'auteure. Son roman nous transporte à la fin des années1950 alors que les libéraux dirigés par Jean Lesage se préparent à déloger l'Union Nationale, au pouvoir depuis 16 ans.

La politique divise cette famille. Son oncle, député unioniste, est battu en 1960 par le candidat du Parti libéral pour lequel ont voté les parents de la petite Pauline. Déchirement pour la fillette, qui est menacée de perdre sa meilleure amie en la personne d'Ethel, la fille du député déchu. " Les conservateurs avec les conservateurs et les libéraux avec les libéraux ", lui dit-il en la chassant de chez lui.

Les amitiés sont importantes pour la petite héroïne. Son cousin, sa sœur Lenny et sa cousine Ethel forment le socle de son développement. Le garçon lui apprend à se défendre, et les filles lui enseignent à se reconnaître dans les sentiments qui la hantent. Avec ces jeunes maîtres, elle chemine vers les années 1960. Elle enrichit sa compréhension du monde par des lectures. La Comtesse de Ségur l'éclaire sur les malheurs inhérents à l'existence d'une fillette. Encouragée par son père, elle peaufine sa formation avec la poésie de Lamartine. Il l'initie à la douceur de vivre sur le rivage de son lac Biac. Le temps ne s'arrête pas pour autant. Baudelaire, le poète maudit, fait son apparition à l'adolescence alors qu'elle lorgne les garçons, tous autant interpellés par la mode de la mini-jupe que par le verbe souverainiste de Pierre Bourgault.

Cette initiation compose le cœur de ce roman sur une enfance vécue au bord d’un lac qui pousse l’héroïne vers un aval littéraire. La naissance de sa vocation est racontée avec une plume poétique comme l’exige le contexte. Le lecteur suivra-t-il l’auteure ? Naviguant entre les introspections et les événements, il risque de s’ennuyer en parcourant ce roman sur l’histoire d’une âme à l’aube de la Révolution tranquille. Par contre, « les beaux esprits », disait Voltaire, jouiront de cette œuvre tout en finesse.