Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Jacmin, Sophie.

Deux poids, deux mesures. Éd. XYZ, 2013, 192 p.

Cachez ce sein que je ne saurais voir

" Cachez ce sein que je ne saurais voir ", disait Tartuffe. Mais son ordre n'aurait peut-être pas été dicté par l'hypocrisie s'il avait vu ceux de Caroline, l'héroïne de Deux poids deux mesures de Sophie Jacmin. À la vue de ses roberts de deux kilos trois cent vingt-quatre grammes chacun, il serait peut-être mort d'apoplexie. Caroline, une Belge immigrée au Québec, se meurt elle-même de se débarrasser de cette masse disgracieuse. On rêve de beaux gros seins, mais ils peuvent desservir celles qui en sont trop pourvues, comme ce fut le cas avec Pamela Anderson.

Un faux diagnostic de cancer mammaire vient régler son problème. Enfin, elle pourra retrouver l'état de la normalité. Finis les ricanements des collègues, finis les regards déshabilleurs. Le saint anonymat du sein ordinaire !

On pourrait croire que le roman tournerait autour de l'erreur médicale qui a envoyé à son médecin traitant la radiographie appartenant à une autre patiente. Au contraire, la protagoniste est heureuse de la tournure des événements, qui mettra fin à son calvaire. La chirurgie la libère d'un poids indésirable. Physiquement, il ne s'agit que de deux mammectomies. Mais c'est un être humain qui se voit privé des éléments importants de la féminité. L'envers de la médaille cache les séquelles d'une telle intervention sur le plan psychologique. Qu'est-ce qui suppléera à cette absence?

On peut tenter de bourrer son soutien-gorge avec des chaussettes ou des coussins de caoutchouc, il n'en reste pas moins que le manque se fait sentir, surtout quand on a un copain qui expose chez lui des images de chiens parfaits. Elle ne peut offrir de contrepartie à ses adversaires de la gent canine. Subjuguée par l'idée de renouer avec un nouveau corps, Caroline vit la déprime postopératoire. La famille et les amis se portent garants de sa santé mentale. Malheureusement, sa mère décède et son père l'a toujours tenue pour quantité négligeable. Sa grande sœur Julie, par contre, garde le phare, mais ce n'est pas une adepte des angles ronds. Comment Caroline va-t-elle s'en sortir ? Aux grands maux, les grands moyens !

Cette histoire de mammectomie est bien ficelée. Au-delà de la facture, il reste le talent de construire une trame qui touche le lectorat. Les commentaires lus sont élogieux. Pour ma part, je ne fus nullement emballé. J'avais été davantage séduit par Un léger désir de rouge d'Hélène Lépine portant sur le même sujet. L'écriture manque d'élan, l'humour rate souvent la cible et le dénouement trempe dans les eaux de la sentimentalité. Bref, il manque un ton pour soulever l'enthousiasme.