Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Jobin, François.

1. Une virée américaine. Éd. À l'étage, 2017, 280 p.

En cavale aux États-Unis

Un adolescent de Saint-Lude, un village fictif, est victime d'intimidation de la part du gros Charron, un camarade de classe. Ce dernier va même jusqu'à le soumettre à une fellation. Comme Zacharie ne peut pas toujours échapper à son bourreau en se cachant dans la cabane qu'il s'est construit dans un arbre, il décide de fuir aux États-Unis avec la bénédiction de son père, un homme ouvert d'esprit.


Cette initiation à la dure portera-t-elle des fruits ? On le souhaite pour le jeune héros que l'auteur sait rendre adorable. Il a l'empathie à coup sûr du lecteur. Sa virée américaine se doublera de celle d'Abby. Cette dernière rencontre Zacharie en fuyant son groupe lors d'un voyage de classe à New York. Les deux joignent leur destinée pour un road trip vers le Mexique en faisant de l'auto-stop. La route qu'ils suivront n'est pas la plus courte entre le point A et le point B. Ils sont à la merci des bons samaritains qui les font monter. Heureux de tomber sur de bonnes gens, prêts même à leur payer la bouffe lors des haltes obligatoires, voire la chambre de motel. Le voyage s'annonce merveilleux. Et il le sera.

Le roman, enclenché par une cavale d'adolescents, veut intéresser le lectorat aux us et coutumes des Américains. Des Floridiens aux Texans, la différence est significative. Au Texas, on accepte difficilement ceux qui ne sont pas des résidents de l'État. D'ailleurs, des pancartes leur indiquent qu'ils ne sont pas les bienvenus. Qu'à cela ne tienne, l'auteur se borne aux personnages devant initier les deux protagonistes aux différences sociales. Après leur escapade, ils ne seront certes pas en mesure d'en déduire des conclusions pertinentes. Pourtant, ils ont voyagé avec une ex-religieuse qui s'est suicidée en cours de route et un narco-trafiquant qui s'est fait épingler manu militari en leur présence. Ces moments forts n'ont apparemment pas d'incidence pour la suite des choses, voire l'idylle qui semble se nouer entre Zacharie et Abby. Ils en restent à des tripotages de doigts tout au plus.

En somme, si le voyage forme la jeunesse, il n'atteint pas son objectif ici. Le roman se limite à des cocasseries ou à des péripéties dramatiques sans conséquences, bien loin du mythe de Sisyphe. Un vrai voyage, c'est celui qui ouvre les yeux sur le monde. L'acuité des héros ne jouira pas d'un tel bienfait. C'est loin de Chercher le vent de Guillaume Vigneault qui aborde avec bonheur le même sujet. Par contre, l'écriture vaut en soi une lecture. Bref, ça manque de pertinence, mais c'est entraînant.

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2. Mensonges et autres tromperies. Éd. Courte Échelle, 2013, 134 p.

Le Mensonge assure le bonheur

Le mensonge édulcore la vie pour la rendre plus ou moins acceptable. Les secrets jalousement cachés permettent de se donner une virginité pour figurer moins honteusement au sein de son entourage. En fait, le mensonge relève de l'art du maquillage pour s'approcher d'un idéal que la faiblesse humaine rend inaccessible.

" Calomnions, calomnions. Il en restera toujours quelque chose ", a écrit Beaumarchais et non Voltaire comme on se plaît à la dire. Cette phrase se retrouve dans la bouche de Basile, un personnage du Barbier de Séville. Avec son recueil de nouvelles, François Jobin teste la véracité du célèbre adage. Il en arrive à la conclusion que la tromperie ne paie pas nécessairement. Il faut du courage, dit-il, pour dire la vérité et trop de vigilance pour se rappeler de ses " menteries "

Pourtant on est plus heureux quand le stratagème du mensonge fonctionne. Se cacher la vérité devant une mort imminente camoufle notre propre angoisse de la fin, voler des livres ajoute des heures aux plaisirs de la lecture, déclarer un vol de voiture quand on a perdu son permis de conduire sauve l'honneur du conducteur ivre. En somme, la conduite mensongère assure le bonheur de vivre. Du moins, c'est ce que croient les Pinocchios de ce monde.

Cette atmosphère fallacieuse n'est pas sans rappeler Les Gens fidèles ne font pas les nouvelles de Nadine Bismuth. Un autre bon recueil de nouvelles qui se penchent sur les écorchures qui affligent la droiture. Celui de François Jobin lui emboite le pas en se moulant avec vraisemblance aux situations tirées du quotidien. Le recueil a été peaufiné avec soin. Hormis les deux premières nouvelles, c'est une œuvre divertissante écrite en toute simplicité.

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