Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Labrèche, Marie

1. Juillet. Éd. du Boréal, 1989, 221 p. ISBN 2890523144

Béguin du beau-père pour la bru

La famille tient une grande place dans l'œuvre de Marie Laberge. Sous des apparences trompeuses, elle recèle parfois des drames que l'on tente de cacher pour sauvegarder son honorabilité. Dans Juillet, l'auteure attire l'attention sur les béguins des beaux-pères pour leurs brus.

 

Son roman raconte donc un après-midi de juillet, chaud et humide, au sein d'une famille qui s'apprête à célébrer dans l'intimité le 65e anniversaire de Charlotte, la femme de Simon. Seuls leur fils David et sa femme Catherine participeront à la fête. Le temps orageux à l'horizon marquera cet événement qui jettera la belle-fille dans les bras de son beau-père. Il la déshabille des yeux en préparant les plats qui garniront la table. Son désir monte au rythme de l'orage qui s'annonce éminente. Les prémisses sont enfin réunies pour que les prévisions du temps et les sentiments se concrétisent dans un concert du tonnerre.

Ce beau tissage de météorologie et de concupiscence crée une atmosphère étouffante qui préside à un dénouement comparable à une tornade dévastatrice. C'est un roman succinct qui coule comme un torrent grâce à une plume concise. Bref, Juillet, qui forme un aparté dans l'œuvre de Marie Laberge, offre un bon moment de lecture si l'on n'est pas allergiques aux romans de gare.

 
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2. Sans rien ni personne. Éd. Boréal, 2007, 434 p.
Une parturiente éventrée

Pourquoi a-t-on charcuté à Montréal, en 1972, la Française Isabelle Bonnefoi lors de son accouchement ? Elle est morte comme la femme éventrée par un prêtre sur l'autel dans le roman Sur le seuil de Patrick Senécal.

 

En 2007, le dossier est rouvert à la demande de son père agonisant. Un commissaire de l'Hexagone reprend l'enquête avec une collègue de la Sûreté du Québec. Commence alors un périple qui les emmène de Montréal au Bic, en passant par les Îles-Saint-Pierre-et-Miquelon et les Îles-de-la-Madeleine. Même si le lecteur se ballade, comme dans un road novel, en plein cœur de paradis touristiques, il ne lit en fait que la liste toponymique des lieux visités par les enquêteurs. La spatialité est presque indifférente au déroulement de l'intrigue, contrairement aux polars de Jean Lemieux, campés dans l'archipel madelinot. En fait, il s'agit plutôt d'un scénario prolixe, qui fait bavarder les protagonistes en vue de la résolution d'un dilemme criminel. Comme un épisode de fiction réalisé pour la télévision, cette œuvre se limite à leurs conversations. Ils discutent afin de tirer d'éventuelles conclusions de l'interrogatoire des connaissances ayant un lien quelconque avec le présumé assassin de la parturiente, trucidée par ailleurs pour un motif fort peu crédible.

Cette histoire sans originalité est d'un ennui mortel. Pour soutenir l'intérêt, l'auteure a misé sur la pathologie du meurtrier, mais il est identifiable dès le début. Les cent premières pages se lisent tout de même avec un certain plaisir. L'écriture y est alerte, voire humoristique, mais la suite, brodée avec de la broche à foin, est génératrice de lassitude. La plume s'alourdit, et l'humour, basé uniquement sur la distinction des accents et des expressions vernaculaires, n'accroche plus " pantoute " de rictus aux lèvres. Qui ignore que notre langage est différent du ramage de nos cousins ? Le phénix du paysage policier, qui s'abreuve à la source de la culture française, est certes Le Rouge Idéal de Jacques Côté, inspiré des Fleurs du mal de Baudelaire.