Paul-André Proulx

Littérature Québecoises


Lacasse, Marie-Ève

Peggy dans les phares.

Éd. Flammarion, 2017, 248 p.
L'Amante de Françoise Sagan.

Marie-Ève Lacasse, une Québécoise installée à Paris, donne vie avec son roman à une femme inconnue du public, mais qui a tenu un rôle primordiale auprès de Françoise Sagan. Si l'écrivaine est la lumière qui brille sur la scène, Peggy Roche est l'ombre qui s'inquiète de ses excès et des malaises afférents. Voyages, voitures puissantes, nuits presque blanches, amitiés aléatoires. Tout y passe. Bref, sa santé est mise à rude épreuve par le tabagisme, l'alcool, les psychotropes et la fatigue. À l'instar d'Édith Piaf, il lui fallait carburer avec des substances assez fortes pour se maintenir dans le feu de l'action.


Françoise Sagan mène une vie capricieuse au détriment de ses forces physiques. Une telle existence affecte les relations humaines. L'amabilité plie devant l'irritabilité. L'humeur du moment fait trembler les colonnes du temple. Et les secousses sismiques se produisent à une fréquence répétitive. Peggy recolle les pots cassés alors qu'elle-même doit gagner sa vie. Heureusement elle est styliste. Et les grands de la mode et ceux qui les font vivre ont recours à ses services. Il lui faut organiser des défilés et créer ce que les mannequins portent en plus de gérer une boutique en vogue. Cette femme trouve l'énergie nécessaire pour mener à bien toutes ses tâches de 1940 à sa mort en 1991. Mais comme cet univers se caractérise par de folles dépenses, il n'est pas surprenant que le fisc se pointe alors que les fêtards siphonnent très amplement les profits.

La vie bohémienne de Françoise Sagan est connue. En rébellion contre les mœurs bourgeoises, elle s'est émancipée en empruntant une voie peu libératrice. L'auteure Marie-Ève Lacasse se penche sur cette existence exubérante, mais elle s'attarde surtout aux relations de la célèbre écrivaine. Quels liens entretenaient-elles avec son entourage ? C'est ce que le roman livre aux lecteurs. On en vient à la conclusion qu'il n'était pas de tout repos de côtoyer cette femme exigeante en quête d'un projet littéraire difficile à exécuter à cause de sa personnalité peu disciplinée. Pourtant on ne la laisse pas tomber. Peggy Roche se donnera corps et âme à cette femme afin qu'elle se réalise. Elle élèvera son fis Denis Westhoff, né en 1962, en plus de la combler d'affection comme amante de ce personnage bisexuel singulier de la littérature. Personnage est le mot qui convient à ces vies qui cherchent le bonheur dans les fleurs du mal, dirait Baudelaire. En fait, ce cénacle saganien, en quête de bonheur, est habité par une grande tristesse, comme on l'a constatée dans le film de Diane Kurys dédié à Françoise Sagan. Cette dernière a le génie de la débusquer chez ceux qui l'entourent. Son roman Bonjour Tristesse est éloquent à ce sujet. Il traduit en fait l'âme de Peggy, une femme " inintéressante ", écrira-t-elle dans un article, une femme qu'elle cachait à ses soi-disant amis, mais dont elle ne pouvait se passer.

Marie-Ève Lacasse a inventé cette histoire en consultant, dit-elle dans l'épilogue, ceux qui l'ont connue. Son tableau est assez saisissant. En somme, ces âmes vivant au-dessus de la mêlée donnent une impression de superficialité. On se voit, on fait la fête, on se drogue, on aime couci-couça. L'auteure aborde une affectivité qui file entre les flèches de Cupidon. On aime, mais ça ne se sent pas. Et le TU de la narration n'a aucun effet rassembleur. Et quand le IL de l'auteure apparaît, on a l'impression de lire un autre roman. Mais il reste que c'est un sujet original traité quand même avec une certaine dextérité que j'avais appréciée dans ses romans précédents parus sous le pseudonyme de Clara Ness, déjà commentés sur ce site.