Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Laferrière, Alexandre.

Pour une croûte. Éd. Triptyque, 2005, 129 p.

Le Désarroi des jeunes de la vingtaine

De nombreux auteurs ont attiré notre attention sur le désarroi des hommes de la vingtaine. Hélène Bard, Robert Brisebois, Guillaume Vigneault, tous nés dans les années 70, ont brossé des tableaux qui suscitent la compassion envers leurs pairs. Alexandre Laferrière, lui aussi, s'est intéressé au sort réservé à ces jeunes en mal d'emploi et d'amour.

C’est ce que s’apprête à vivre la population du Village-près-du-fleuve, une municipalité à la toponymie messéante, située en aval du Saint-Laurent. Une Québécoise, enseignant la culture amérindienne à l’université NOWU de New York, s’emmène dans son village natal pendant les vacances estivales afin de liquider la maison ancestrale de sa famille et de larguer définitivement les haussières l’amarrant à son hameau, perdu sur une falaise, qui domine le fleuve. L’héroïne a tourné le dos à un destin régi par les vents du large en se nichant dans Big Apple et attend même rayonner à la célèbre université Harvard de Boston, qui l’a invitée à y prononcer une conférence sur ses recherches. L’intrigue secondaire porte sur son travail, qui lui a acquis une certaine réputation, mais que le recteur, linguiste comme elle, tente de ternir par des moyens tordus que lui inspire la jalousie.

En somme, l’auteure ne fonde aucun espoir sur les régions. La population est vouée à composer la diaspora de l’ailleurs comme en témoignent ses voisins, de jeunes adultes, qui ont quitté leur village comme le souligne si bien le titre. À l’opposé des contes de Fred Pellerin, c’est une histoire morose que celle de Louise Lacasse, mais elle stigmatise bien le vécu des patelins moribonds.

C’est intéressant, mais la thématique se distille à travers tous les personnages au lieu de se centrer sur le profil psychologique de son héroïne, muette sur ses amours à l’exception d’une incartade avec un fils des voisins qu’elle a éconduit aussitôt. Serait-elle une Bovary célibataire, qui s’étiole hors des mégalopoles ? La Héronnière de Lise Tremblay était beaucoup plus significatif à cet égard.