Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Lagacé, Élise.

La Courte Année de Rivière-Longue. Éd. Hurtubise, 2013, 192 p.

Mentalité villageoise

Depuis quelque temps, les jeunes auteurs ressuscitent le village qui les a vus naître. Samuel Archibald est l'un de ceux-là avec Arvida. Fred Pellerin a mis St-Élie-de-Caxton sur la carte et François Blais exploite les possibilités romanesques de Grand'mère. Ces écrivains invitent le lecteur dans leur bled fort accueillant. Contrairement à eux, Élise Lagacé présente un village hostile aux étrangers à l'instar d'Hérouxville. Dans ce cas, on ne peut parler de " noces villageoises " comme l'a démontré Nicole Filion.

C'est dans le Bas-Saint-Laurent que l'auteure a planté son décor, soit à Rivière-Longue, un village fictif situé en bordure du fleuve. La population n'a pas l'esprit d'aventure. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Telle est la devise qui anime les villageois. On glorifie le quotidien que rien ne doit perturber. Même les plaintes sont mal venues. C'est l'omerta qui règne en maître sur le village. Bref, on mène une vie monastique réglée comme une horloge suisse.

Le silence a bien meilleur goût. Mais Aline en a marre de ravaler ses frustrations. Un bon jour, elle abandonne son mari et sa fille pour se libérer de la chape de plomb qui pèse sur ses épaules. Roland, un nouveau résidant rejeté de tous, croit fermement que la jeune femme reviendra au bercail. En attendant son retour, il s'applique à rénover " la maison seule " construite en marge du village. Ce n'est pas une mince tâche. Le quincailler refuse de lui vendre les matériaux nécessaires à sa restauration. Roland ne renonce pas facilement au but qu'il s'est fixé. Il se rend à Sainte-Rita pour se les procurer. Et petit à petit, la maison seule se donne un nouveau look.

Elle devient même le centre de tous les paumés. Chacun participe aux travaux, même l'idiot du village, lequel rappelle celui de Fred Pellerin dans Il faut prendre le taureau par les contes. C'est un pied de nez à ceux qui militent en faveur du chacun pour soi. Cette construction devient l'âme d'un village esseulé. " La maison seule " se transforme peu à peu en une maison peuplée de toutes les aspirations de ceux qui se sont tus. Même les animaux, détestés de la population, célèbrent ce renouveau, tels le chat Verlaine et l'ours qui concourent à la réalisation de ce rêve impossible dans un univers condamné à la sclérose de la population.

En somme, c'est un conte qui montre que, tous ensemble, on peut éventer les mœurs rédhibitoires qui étouffent les villageois. Avec une écriture dépouillée, l'auteure découpe tous les possibles en les tirant d'un mystère qui parfois nous échappe. Le voile se lève peu à peu pour laisser apparaître un dénouement un peu trop idéaliste.