Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Lamontagne, Marie-Andrée.

Vert. Éd. Leméac, 1998, 189 p.

Jeunes en quête d'une voie

Rimbaud disait " qu'on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans ". C'est à voir. Dans son roman, Marie-Andrée Lamontagne trace un tout autre portrait des jeunes qui viennent de terminer leur cégep. Comme Alain-Fournier dans Le Grand Meaulnes, elle les montre plutôt angoissés à l'orée de leur vie adulte. Ils ne veulent pas devenir comme ces adultes " avec le mot nécessité qu´ils ont tout le temps à la bouche, le loyer, les factures de gaz et d´électricité... Ils vieillissent, confits dans leurs habitudes d´insectes, et quand ils relèvent la tête, c´est pour se consoler avec des feuilletons stupides à la télé. "


À Saint-Adrien-d'Irlande, village sis autour d'une mine d'amiante, trois jeunes se morfondent pour trouver une orientation à leur vie. Francis, le héros et narrateur, se trouve un emploi d'été grâce à son père avant de continuer ses études à l'université. Son ami Fritz décroche un job de mineur dans son patelin. Et Tania, le membre pratique du groupe, écoute leurs élucubrations devant sauver l'humanité en péril. Pour Fritz, le socialisme est la panacée à tous les maux. Il s'implique donc dans son milieu de travail pour défendre les employés contre l'industrie minière, qui fait fi de l'amiantose à l'origine du cancer du poumon. Francis, tout aussi ouvert sur les problèmes sociaux, hésite à choisir la direction à emprunter pour les régler. Il est plutôt impressionné par son oncle, très engagé dans les pays du tiers-monde comme missionnaire. Il entrevoit plutôt un apport libre de toute idéologie. Quant à Tania, il est clair que la poursuite de ses études est nécessaire pour devenir un bon apôtre.

Ce roman est une illustration convaincante de l'idéal qui anime les jeunes. Ceux qui les croient désintéressés de tout s'interrogeront en lisant Vert, le vert de l'espérance. La jeunesse n'est pas uniquement le temps des utopies. L'amour figure aussi au premier plan de leurs préoccupations. Même s'il est idéalisé, il n'en reste pas moins que chacun l'expérimente à sa manière. Pour Francis, il s'incarne dans la personne de Roxanne, trouvée couchée dans un champ par un beau matin. Le héros se fait donc le bon samaritain, qui veut guérir les blessures de cette femme de quinze ans son aînée. Comme tous les jeunes, il se donne le rôle de sauveur. Il l'entraîne dans la chapelle d'un cimetière non loin de chez lui afin de la soustraire à ses poursuivants. C'est dans ce contexte que s'éveille l'amour, un concept en mal d'actualisation.

L'auteure a magnifiquement décrit cet âge, qui se situe entre deux eaux, entre le rêve et la réalité. Elle a su rendre ces jeunes crédibles en les situant bien dans l'univers qui les caractérise. Elle les incarne d'abord dans la région de l'amiante. Les montagnes de minerais qui encerclent le village n'empêchent pas " la sève de monter à la tête ". " Si le culte de la jeunesse assassine les anciens ", écrivait Huguette Maure dans La Cinquantaine au masculin, dans le roman de Marie-Andrée Lamontagne, on montre des jeunes qu'on ne dénature pas en faisant d'eux des vedettes à imiter. L'auteure les montre tels qu'ils sont : des êtres hésitant devant les multiples choix qui s'offrent à eux. Et le plaisir de lire ce roman est agrémenté par une écriture fort bien maîtrisée.