Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Langelier, Nicolas.

Réussir son hypermodernité... Éd. Boréal, 2010, 232 p.

Les Hipsters de Montréal

Lunettes noires sur les cheveux, les hipsters, des amateurs de musique underground, s’assemblent dans les petits bars branchés de Montréal pour discuter de la primeur du jour. Une nouveauté que le tapage médiatique encense pour que l’on se procure cet artefact devant révolutionner la vie hic et nunc. L’immédiateté, la valeur sûre de la société techno, qui décrète ex cathedra l’obsolescence du produit de la veille. Plus question d’envisager ses vieux jours. Le viagra promet une jeunesse éternelle aux centenaires que nous deviendrons.

L’auteur invite donc ses lecteurs à réfléchir sur la société en peignant un portrait parallèle entre la modernité et la postmodernité. La première s’appuie sur le siècle des Lumières, qui visait le peuple pour amender son sort avec un savoir que les penseurs transformaient en science. La seconde encourage le narcissisme des gros egos d’aujourd’hui. Même les lois sur les droits de la personne défendent l’individualité aux dépens de la collectivité. La société ne regarde plus dans la même direction comme le suggérait Saint-Exupéry, mais dans les yeux pour terroriser ses semblables afin de se doter d’avantages à la manière du monde de la construction. En somme, on a développé un cancer sociétal, une cellule qui se développe au détriment d’autrui. Et, pourtant, la chimiothérapie est efficace quand elle a atteint, comme l’écrivait Henry de Montherlant, « un certain degré d’absolu par l’intensité, la pérennité, l’oubli de soi » et l’amour de l’autre, surtout celui de sa « FDVV » (la femme de votre vie).

Ce contenu s’affiche curieusement. Au lieu de s’articuler autour du décès du père du héros, le roman se détourne de son unique élément romanesque pour se travestir en un long article de sociologie populaire sur les tendances d’aujourd’hui. Dans le genre, je préfère Nous avons rendu les vaches folles de Dominic Séguin et Un petit gros au bal des taciturnes de Jacques Marchand.