Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Langlois, Fannie.

Une princesse sur l’autoroute. Éd. Triptyque, 2010, 123 p.

L’Univers d’une schizophrène

« Ce livre vous projettera entre deux mondes à la recherche d’une étoile. » C’est la dédicace que Fannie Langlois a inscrite dans l’exemplaire du roman que je me suis procuré. Avec cette œuvre, elle plonge dans la quête d’une jeune femme schizophrène, qui tente de surnager en suivant l’étoile rédemptrice comme une reine mage, qui atterrira en Europe au lieu de Bethléem.

Internée près de Trois-Rivières, l’héroïne réussit à fuir l’institution en plein hiver. Recueillie par un bon samaritain le long de l’autoroute 55, elle vient gîter à Montréal, où une prostituée la materne en l’initiant à son métier. C’est le début d’un long cheminement, qui renseigne au compte-gouttes sur l’amont de cette Trifluvienne, prisonnière d’un corps chétif et d’un esprit phagocyté par des rêves éveillés.

Roman onirique en fait, qui unit le destin de l’héroïne à celui, similaire, de Magdala, une jeune prisonnière d’un couvent de religieuses du Moyen Âge. L’auteure construit un parallèle entre ces deux femmes, qui, au-delà des frontières temporelles et géographiques, subissent la même dynamique de l’enfermement dont elles veulent s’affranchir. Se libérer de soi exige un dieu épiphane, tel un ami d’enfance ou tel un chevalier, prêt à apaiser la tempête, qui bat son plein pour des femmes traquées sur les traces de l’amour. Et le partage des peines à travers le rêve lénifie les courroux.

Ce roman plutôt original élève la thématique au rang des universaux en contournant les balises contraignantes des époques et des lieux. L’auteure s’est montrée fort audacieuse avec ses personnages, dont l’ambiguïté calculée entretient le suspense. Cet exercice labyrinthique s’avère fécond pour ceux qui s'intéressent à la psychologie des âmes tourmentées.