Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

LaRue, Monique.

1. La Gloire de Cassiodore.
Éd. du Boréal, 2002, 297 p.

L'Enseignement de la littérature au niveau collégial

L'auteure entraîne le lecteur dans les coulisses d'un cégep, où l'on surprend le corps enseignant en pleine action. On vit avec lui une année scolaire qui est riche en péripéties.

 

Le directeur responsable de l'enseignement de la littérature attend avec impatience sa retraite. Il signe une chronique appréciée du nom de Cassiodore le Jeune dans le journal syndical de son association. Il a emprunté son pseudonyme à un érudit du sixième siècle, dont l'encyclopédie était un manuel de références au Moyen Âge. On fait la connaissance aussi d'une Petula Cabana, une enseignante dépressive, qui représente les modernes qui s'opposent aux anciens incarnés par un enseignant dont les élèves veulent la tête parce qu'il leur fait étudier Britannicus. Ainsi défilent une galerie d'hommes et de femmes affectés à l'enseignement de la littérature.

L'auteure ne néglige aucun aspect de leur vie professionnelle : le syndicalisme, les publications personnelles qui établissent leur crédibilité, les rivalités et même la libido de ces fins lettrés. Monique La Rue, elle-même enseignante dans un cégep, crée un univers des plus crédible.

Son oeuvre est en somme un hommage à la littérature qu'elle ne trahit pas parce qu'elle a une plume sûre. Ce n'est pas un règlement de compte ni une critique comme c'est souvent le cas chez Alison Lurie; c'est la reconnaissance du travail de collègues qui consacrent leur vie à un enseignement difficile.

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2. L'Oeil de Marquise. Éd. Boréal, 2009, 376 p.

De la haine québécoise

Monique LaRue s’emploie avec force à démontrer que le racisme est chevillé au cœur de nos ancêtres, lesquels adjoignaient l’interdiction de céder leur bien domiciliaire à des juifs dans les actes de vente. Les bons Québécois en attraperont pour leur rhume en lisant ce roman merveilleux sur leur mentalité racrapotée. Hors de nous, point de salut !

Le roman brode le tableau de l’âme québécoise, dont la bipolarité s’est révélée avec le résultat kif-kif du référendum de 1995. Des irréconciliables, qui essaient de dépiauter autrui, comme le sous-tend la déclaration d’Hérouxvillle. Quel clan aura la peau de l’autre ? C’est en prenant exemple sur une famille de Longueuil que l’auteure décrit la partie de bras-de-fer engagée au nom de la haine issue de la crainte d’autrui. Née entre deux frères rivaux, tels Caïn et Abel, Marquise Cardinal raconte leur cheminement vers la lumière sur une route remplie d’obstacles. En fait, elle précise l’évolution des Québécois vers une identité susceptible de s’adapter au pluralisme en germe au Québec. En zyeutant les faits et gestes de tous et chacun, elle les suit à partir d’événements politiques, qui les ont perturbés, allant des bombes qui ont éclaté dans les années 1960 jusqu’au 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec en 2008. Impliqué socialement, son frère aîné a participé à ces manifestations d’affirmation nationale au grand dam de son frère cadet, moins impressionné par « le vote ethnique et l’argent », qui ont crevé le cœur de l’ancien premier ministre Jacques Parizeau. Après « une marche aléatoire semblable à la marche de l’ivrogne » le clan Cardinal parvient « à fleurir comme le bâton de saint Joseph ». En fait, chacun découvre l’amour, en particulier Marquise grâce à son mariage à un juif anglophone.

Le roman est expurgé du maniérisme qui caractérisait les autres œuvres de Monique LaRue. Roman de la maturité, qui gagne en simplicité. Pas de narratrice omnisciente, qui reconstitue notre axiologie. Le récit emprunte un ton familier et humble, mais il reste tout de même des agacements, telles la lourdeur et la prolixité de l’écriture ainsi que le dénouement sentimental, qui indique, comme à des collégiens, les messages à retenir.