Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Latulippe, Martine.

Les Faits divers n'existent pas.
Éd. Druide, 2013, 138 p.

Que c'est triste Québec

Comme pourrait le chanter Charles Aznavour, que c'est triste Québec lorsque les Plaines d'Abraham " ne viennent souligner que des silences creux " ! La vie n'est qu'une suite ininterrompue de petits faits à faire pleurer. " On le voudrait bien, ajouterait le chanteur, mais on ne le peut plus. "

Nous nous nourrissons de petites misères. Il ne faut pas s'en faire, nous dit Maurice Chevalier, mais il n'en demeure pas moins que tous et chacun doivent les affronter au quotidien. En somme, les faits divers n'existent pas. Certains trouvent écho dans les médias, mais, en fait, ils composent le menu de tous les jours. C'en est désolant, d'autant plus que le silence pèse de tout son poids sur les malheurs qui affligent les vieux comme les jeunes, les hommes comme les femmes. Nous assistons, impuissants, aux drames qui semblent être la taxe à payer pour occuper notre vallée de larmes, dont fait état le Salve Regina : " Gementes et flentes in hac lacrimarum valle. "

Comme le vitrier, Martine Latulippe a soudé des menus morceaux de nos vies pour monter une verrière qui reflète la grisaille de l'existence. Avec une écriture qui ressemble à un coupe-verre, elle a taillé des phrases sans bavures. Plume tranchante qui ajuste le matériau à l'effet recherché. Phrases courtes, dépouillées, voire cliniques pour ne pas dire sèches afin de s'assurer de la justesse de la démonstration. Bref, c'est un parangon pour les élèves du secondaire qui ont la nouvelle à l'étude, d'autant plus que l'auteure a évité le discours métaphysique.