Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Major, Ginette.

Napoléon
(T. 1 : L’Exil en Amérique), Éd. VLB, 2010, 400 p.

La Défaite de Napoléon/

Pour échapper à la vengeance des royalistes, Joseph, le frère de Napoléon, est allé vivre à Bordentown au New-Jersey, où il s’est fait construire une maison le long de la rivière Delaware. À ce fait véridique, Ginette Major a greffé la fuite fictive de l’Empereur vers l’Amérique.

Sa reconstitution historique veut que ce soit Napoléon qui ait eu l’idée de faire ériger cette habitation. Au lieu de se livrer aux Anglais, Napoléon affrète le Pike, qui déjoue les rets de la surveillance de l’Atlantique par la fière Albion. Déguisé en riche bourgeois, il débarque sain et sauf à New York sous le nom de Muiron. Espérant s’acclimater à la vie américaine qu’il qualifie de purement mercantile, il reproche à son pays d’accueil son absence de culture. Ce manque le mène d’abord à Philadelphie, mieux pourvu à cet effet, où Joseph vient le rejoindre.

Sa présence aux États-Unis inquiète l’Europe. On craint qu’il forme une troupe pour reprendre le pouvoir ou qu’il envahisse le Canada. Mais le petit caporal a fait un X sur les conquêtes. Il suit tout simplement l’actualité de la France, inquiet du sort que le régime royal réserve à sa famille et aux membres de sa gouvernance, qui n’ont pu le suivre en Amérique. En fait, l’auteure exploite les conséquences de sa défaite à Waterloo et examine, d’autre part, comment l’empereur et son entourage aristocratique s’adaptent aux coutumes plus démocratiques de leur terre d’exil.

Riche en renseignements, le roman véhicule sans redondances de véritables personnages que Napoléon reçoit comme amphitryon dans un décor champêtre. Plats gastronomiques et vins de qualité accompagnent tout repas de chacun ou presque des chapitres. Cette facture porte sa part d’ennui, mais le don de conteuse de l’auteure donne au roman un souffle que soutient une plume assez alerte pour ne pas trébucher dans les fleurs du tapis. Bref, Ginette Major a écrit l’hagiographie d’un empereur qu’elle valorise en soulignant son empathie envers sa famille et ceux qui l’ont servi