Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

 

Massie, Jean-Marc.

Montréal démasquée. Éd. Planète rebelle 2007, 74 p.

Du folklore à l’urbanité



Avec Jean-Marc Massie, le Québec bat aux sons des tam-tams du Mont-Royal, tandis qu’avec Fred Pellerin, le Québec bat au rythme du tissage de la ceinturé fléchée. Les deux conteurs se complètent. Si le premier jette un coup d’œil vers l’aval, c’est pour mieux décrire l’amont. Quand il raconte la révolte des marins du São Bento, des noirs qui se sont blanchis en mariant des Peaux-Rouges, c’est pour expliquer comment nous sommes devenus « les Nègres blancs d’Amérique », selon le regretté Pierre Vallières.

Jean-Marc Massie a hérité de l’esprit de cet ancien moine, qui a troqué le bréviaire pour le pamphlet. On est loin du folklore avec lequel Fred Pellerin tente de renouer pour que « l’antan » maintienne ses assises. À Montréal, c’est un défi impossible à relever quand plus de la moitié des élèves des commissions scolaires de l’île sont issus des victimes venues encercler le Mont-Royal pour fuir les dommages collatéraux des pays en guerre. Les tam-tams entendus du Lac-des-Castors battraient-ils le grand ralliement afin de signer une nouvelle entente, à l’instar de Frontenac, sur l’art de vivre ensemble ? Massie urbanise le conte pour l’ancrer dans la modernité des accommodements raisonnables. Il parcourt rues et ruelles en quête d’âmes dérivantes pour qu’elles puissent « continuer à vivre [même] après le déluge du Saguenay ». « Nous portons tous le même masque ». Il faut le laisser tomber pour faire la paix avec le passé de crainte d’être incapable de devenir adulte comme Plastique cow-bow, attaché à son cheval jouet électrique ou de se tenir debout devant le charismatique Raoul. Les histoires de loups-garous empêchent de grandir comme le chapelet entourant le cou de la mère. « I’ve got the blues », chantait Elvis Presley. La délivrance n’est pas dépendante de la ferveur religieuse telle qu’elle s’exprime à l’oratoire Saint-Joseph.

Si le langage de Fred Pellerin colle aux paroissiens de Saint-Élie-de-Caxton, il en est tout autrement de celui de Jean-Marc Massie, qui fuit les carcans linguistiques locaux malgré la toile montréalaise sur laquelle il a peint ses héros. Dans un univers élargi, la compréhension réciproque impose le respect des normes grammaticales afin de stigmatiser l’universalité de la déprime délinquante des identités refoulées.