Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Mc Cabe, Alexandre

Chez la reine.
Éd. La Peuplade, 2014, 151 p

La Famille de chez nous

Ce roman s'apparente à Nos vieilles maisons que chantait Muriel Millord.
Si vous voyagez un brin
Du côté de Saint-Cantin
Dites bonjour à mes parents
Qui habitent le cinquième rang
Que c'est charmant chez nos parents
C'que ça sent bon
Dans nos vieilles maisons.

Au lieu de Saint-Cantin, le jeune auteur, né en 1981, emmène le lecteur à Sainte-Béatrix, son village natal situé dans Lanaudière. L'esprit qui anime son roman est aussi bon enfant que la chanson de la Reine de la radio des années 1950. Le temps s'est arrêté pour que les liens familiaux restent fortement noués. Et même pour qu'ils se resserrent davantage avec la mort du grand-père, la figure de proue d'une famille typique du Canada français. Plusieurs reconnaîtront la leur à travers le vécu des Mc Cabe, une famille d'origine irlandaise et souverainiste. Le sang vert coule en abondance au Québec, mais entièrement teinté du bleu français.

C'est chez sa tante, surnommée la Reine, que le narrateur connaît les moments les plus décisifs de sa vie. C'est le point de ralliement de toute la parenté et de ses amis. Grâce à eux, le jeune homme se forge une personnalité empreinte de leurs valeurs. Il tient à ses modèles rassurants plantés en pleine nature. Mais, issu d'un milieu peu scolarisé, il craint la distance qui peut l'éloigner des siens à cause de ses études en littérature. Apprivoiser l'univers culturel peut déboucher sur des ruptures d'avec ceux qui sont nés à l'époque d'une fréquentation scolaire peu poussée. Même s'il s'ouvre au monde, il parvient à protéger son appartenance qu'il enrichit grâce à un séjour à Aix-en-Provence. La découverte de l'œuvre de Paul Cézanne lui rappelle son terroir avec le mont Sainte-Victoire semblable à ceux de sa région.

En somme, il s'agit d'un roman initiatique, révélant un jeune homme du village de Sainte-Béatrix, frère jumeau des francophones de souche au Québec. Cette œuvre se distingue par son écriture empreinte du lyrisme de Putain de Nelly Arcan. L'ennui ne guette pas le lecteur même si l'auteur a délaissé le suspense au profit des élans du cœur de celui qui apprend à devenir un homme, comme l'écrirait Rudyard Kipling. Un homme qui prend racine dans un bercail que l'on ne doit pas renier. C'est loin du " famille, je te hais " d'André Gide.

Bref, c'est une ode à la famille que Catherine Leroux a aussi rédigée, mais avec plus d'éloquence dans La Marche en forêt.