Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Montpetit, Carole

1. Tomber du ciel.
Éd. Boréal, 2006, 127 p.

La Vie n'est pas un jardin de roses

En 1972, Nana Mouskouri et Fernand Gignac ont chanté : " Quelle importance le temps qu'il nous reste, nous aurons la chance de vieillir ensemble. " Aujourd'hui ils chanteraient : " Profitons du temps qui passe, nous n'aurons pas la chance de vieillir ensemble. " Les statistiques corroborent d'ailleurs cette assertion.

Rapidement, il faut dire adieu à ceux que l'on a aimés et à ce que l'on a aimé. Comme l'indique le titre d'un film, " les dieux sont tombés sur la tête ". Le traumatisme a causé à l'humanité des séquelles permanentes : les couples se séparent, la vieillesse emprisonne la mémoire, la maladie rend les rêves impossibles, la déviance peuple les prisons… Et les SCHLD offrent à fort prix l'attente du repos éternel. Dans ces conditions, le Requiem est attendu avec impatience comme le laisse entendre le titre de la dernière nouvelle.

En somme, la vie s'enracine dans une vallée de larmes avant que la mort ne la transplante pour l'éternité dans un paradis orné de roses. C'est du moins ce qu'affirme le christianisme. Autrement dit, chaque jour éloigne du berceau et rapproche du tombeau. Certains même vivent à tombeau ouvert. Mais entre les tenants et les aboutissants de l'existence, comment vivre avec sérénité, se demandait André Ricard dans son roman Une paix d'usage ?

Ce recueil est le fruit d'une auteure qui n'est pas née de la dernière pluie. La quarantaine lui offre assez de recul pour tenir les rêves fous à distance. L'aventure humaine lui fait broyer du noir à l'instar de Gilles Archambault dans Comme une panthère noire. C'est avec une plume studieuse que Caroline Montpetit tente de nous convaincre que, si " c'est la rose l'important ", elle est aussi rare qu'un trèfle à quatre feuilles.

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2. L’Enfant. Éd. Boréal, 2009, 136 p.

Des mères laissées à elles-mêmes

En dépit du titre, le cœur de ces six nouvelles bat au rythme de celui des femmes confrontées à la maternité. Quelles sont les craintes qui les tarabustent tant, si elles ont l’occasion de vivre « la plus belle histoire du monde », selon l’infirmière qui accompagne une parturiente angoissée ?

 

 

Alice craint de mettre au monde un enfant aveugle comme elle. Suzie doit faire le deuil d’un enfant en plus de subir une séparation. Hélène, qui n’a jamais rencontré l’âme sœur, a recours à une clinique de fertilité pour connaître les joies de l’enfantement. Amélie, une femme sans enfants, voudrait adopter un Indien, qui préfère les gares de son pays à un toit familial. Et la nurse n’a pas la vie facile avec une enfant qui l’envoie paître. La plus déchirante de ces nouvelles est incarnée par une mère amérindienne, dont le fils est condamné aux galères par notre bon gouvernement, ces pensionnats que l’on décrie tant aujourd’hui.

L’auteure analyse les dilemmes maternels sous différents angles. La femme seule, la femme incomprise, la globe-trotter, la gardienne et la veuve se succèdent à la barre de chacune des nouvelles. Toutes se battent pour lutter contre les aléas de la maternité sans qu’un homme vienne les épauler pour assurer l’éducation des enfants.

La concision de l’écriture confère à chacun des récits un achèvement, dont la narration sensible et efficace se jumelle à une facture succincte, amenant avec brio les chutes imprévisibles telles qu’exigées par les normes de la nouvelle. Bref, un parangon du genre !