Paul-André Proulx

Littérature québécoise

Mumbu, Marie-Louise.

Samantha à Kinshasa. Éd. Recto-verso, 2015, 242 p.

Kinshasa au quotidien.

Kinshasa est " une ville qui donne des fois des peurs bleues ". Mais les Kinois aiment leur pays. Quand ils le quittent, ils voudraient se cacher dans l'avion pour le vol du retour. De Mobutu à Kabila, la population de la République démocratique du Congo, naguère appelée Zaïre, tire son épingle du jeu. La crainte, la pauvreté, la faim, le manque d'électricité, les bouchons de circulation, les routes défoncées, rien ne peut contrecarrer le bonheur de vivre à Kinshasa. Même les shégués, délinquants sans-abri qui parcourent les rues de la capitale, sont appréciés dans une certaine mesure. En volant pour apaiser leur faim, ils protègent la ville de la poudrière. Sans principes, sans idéologies, sans gourous, sans armes, ils mettent les habitants à l'abri des kamikazes. On pratique une solidarité râleuse. Et si un roulage (policier) se doit d'opérer une arrestation, la procédure se termine sur une terrasse afin de boire une primus ou une skol, marques de bière locale.

L'auteure montréalaise, née à Bukavu en 1975, passe en revue les faits et gestes d'un peuple. Son roman répond plutôt aux normes de la chronique. Il ne repose pas sur une intrigue, mais sur les observations d'une journaliste congolaise. Le quotidien kinois se déroule sous nos yeux comme si nous y étions. La politique, l'école, le transport, les femmes qui excitent les moniques (agents de l'ONU), les bureaux (la polygamie), les étudiants à l'étranger, qui doivent revenir souvent au pays pour s'y reconnaître, les tenus vestimentaires qui avantagent le corps, la sexualité, le poulet braisé qui constitue le plat recherché, les terrasses pour y manger, boire et draguer, les fêtes votives et, surtout, la musique. Que d'efforts pour exporter les talents kinois ! On manifeste autant d'amour pour ses stars que les jeunes occidentaux ! Tout y est à l'exception du système de santé et de la religion. Deux absences importantes.

Cette œuvre reflète une réalité bien différente de nos mégapoles occidentales, voire asiatiques comme Tokyo. On prend le temps de vivre en s'ajustant aux inconvénients de la vie. Si l'électricité vient à manquer, on sait que le courant reviendra pour la fête que l'on a prévue. Comme le chantait Albert Préjean,
Dans la vie faut pas s'en faire
Moi je n'm'en fais pas
Ces p'tites misères
Seront passagères

Cette belle visite de Kinshasa plaira à ceux qui partagent l'esprit de la chanson. L'écriture épouse cette forme détachée d'un quotidien plutôt lourd, sans recourir, heureusement, à l'oralité pour décrire les us et coutumes de l'urbanité kinoise. On sent l'amour de l'auteure pour son pays, mais il reste que l'éditeur n'a pas assez suivi son travail pour qu'il soit davantage poli. D'aucuns resteront sur leur faim d'autant plus que l'on a tu les enjeux profonds du Congo.