Paul-André Proulx

Littérature Québecoises

Naple, Alexandre.

Le Muet de l'Anse-aux-Bernaches. Éd. Marchand de feuilles, 299 p.

Périple asiatique

Alex, que son père a rebaptisé Alx pour que son prénom ne soit pas accolé à la bourgeoisie, devient aphasique à l'âge de trois ans. Enfant battu et rejeté, il se cache dans une grotte près du fleuve à la hauteur de la Côte-Nord, soit le village fictif de l'Anse-aux-Bernaches. S'étant aventuré sur les glaces, il est assuré d'une mort certaine quand Minh, le cuisinier du Médusa, le sauve en le hissant sur un vraquier à destination de l'île du Sumatra.

Ce sauvetage est loin de le libérer des mauvais traitements qu'il subissait dans son village à cause de son mutisme. En peu de temps, il se retrouve dans la cale du bateau où l'on teste des stupéfiants sur les humains. Alx devient un cobaye de choix à cause de son origine nord-américaine. Quelle veine de pouvoir profiter de sa présence à bord pour lui faire écoper de tous les ressentiments que l'on éprouve à l'égard de l'Amérique ! On en fait une bête de cirque que l'on va exhiber sur toutes les places publiques des pays asiatiques. Présenté comme un être dangereux, il devient le souffre-douleur d'un maître cruel. Heureusement, sa résilience le sauve des coups qu'il reçoit.

De la Corée-du-Nord à la Chine, les mauvais traitements s'enfilent plus vite que le passage des étoiles filantes. Au pays du soleil levant, il est condamné aux travaux forcés. Ses conditions de vie sont inhumaines. La cruauté des hommes surpasse amplement celle des hordes de loups. Mais sur son chemin, il trouve toujours une âme compatissante pour échapper aux vilenies dont il est l'objet. Grâce à Peng, une Chinoise, il peut envisager son retour au Québec via le Vietnam, où la gourmette de la dynastie Minh qu'il porte à la cheville lui est du plus grand secours.

Que peut-il attendre des gens de son village après huit ans d'absence ? La différence n'a pas meilleure presse auprès des populations avides de conformité. L'aphasie est une faiblesse impardonnable. Alx l'apprend à ses dépens au point de quitter son village natal.

Ce roman peut être considéré comme un conte cruel, comme le genre d'ailleurs. L'auteur décrit sans ménagement ce qui attend ceux qui ne répondent pas aux normes établies par la masse populaire, normes qui deviennent encore plus rigoureuses quand on appartient à un clan sur lequel on a jeté l'anathème. L'intention d'Alexandre Naple est louable. Mais le ficelage de l'œuvre est ardu. Les éléments romanesques ne s'imbriquent pas les uns dans les autres. Le roman est un embrouillamini qui désensibilise le lecteur devant la gravité du sujet. En somme, c'est fastidieux à lire même si c'est écrit convenablement. Mieux vaut parcourir Le Mangeur de pierres de Gilles Tibo, qui aborde la même thématique avec un enfant roux.